dimanche 21 août 2016

Moïse a vraiment existé

Jacques LECAS + Jeanne Nézida NICOLLE
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Joséphine LECAS          Jacques François LECAS
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Moïse Clément TABASTOT       Juliette Berthe LECAS
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                                           Ma grand-mère
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                                             Ma mère  
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                                           Moi

La famille LECAS est celle qui semble avoir donné la fibre artistique à notre famille. En effet, parmi les frères et neveux de Joséphine et Jacques François LECAS, nous avons des trompette, des tambour, mais également un chanteur ambulant qui avait épousé une chanteuse, fille d'un prestidigitateur. Il y a quelques mois, chez ma mère, nous avons retrouvé un vieil album photo du XIXe siècle dans lequel se trouvent des photos de cette branche de la famille. 



Album photo Lecas
Parmi les photos de ce vieux cahier (qui seront dévoilées sur plusieurs articles tant il y aurait à dire), se trouve toute la famille LECAS-TABASTOT, qui partit vivre à Chartres (Eure-et-Loir) et y fit souche. Ma mère avait interrogé sa grand-mère, Juliette Berthe LECAS (de mon point de vue, je trouve incroyable de penser qu'elle a pu parler à quelqu'un né en 1886), pour lui demander qui était sur les photos. En fouillant dans mon arbre généalogique, nous avons pu attribuer la quasi totalité de ces photos à des personnes en croisant les informations de mon arrière-grand-mère, les âges, les uniformes, etc. Par ailleurs, les photos de cette branche de la famille ont été prises à Chartres, comme il est indiqué au dos avec l'enseigne du photographe, ce qui évite tout doute puisque ce sont les seuls membres de notre famille à y avoir vécu. 

Joséphine LECAS
Voici donc la belle Joséphine LECAS, mon arrière-arrière-grand-tante. Les LECAS étaient une famille d'entrepreneurs en bâtiment et travaillaient principalement dans la maçonnerie ou étaient tailleurs de pierre. Mon arrière-arrière-grand-père Jacques François LECAS a participé au chantier de construction de la basilique Notre-Dame-des-Enfants à Châteauneuf-sur-Cher (Cher). Il a aussi construit la maison où est née ma mère. 

La Basilique Notre-Dame-des-Enfants prise en photo depuis le jardin de ma grand-mère.
(source : photo personnelle, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)
Joséphine a donc tout naturellement épousé Clément TABASTOT, plâtrier et peintre en bâtiment, lui-même fils de maçon. Il a pu la rencontrer en travaillant avec son frère sur le chantier de la basilique ...

Clément TABASTOT
Clément est un élégant jeune homme à la moustache et barbe à la d'Artagnan. J'avais trouvé à Châteuaneuf-sur-Cher en 1884, 1886 et 1888 la naissance (extrêmement régulière) de leurs trois enfants. Les enfants (d'après les mentions marginales) s'étant tous mariés à Chartres, j'avais donc facilement retrouvé leur trace dans les archives de cette ville une vingtaine d'années plus tard. 

Renée Eugénie TABASTOT
Tout d'abord, la belle Renée Eugénie, ouvrière en robes, qui épousa un mécanicien, Léon Albert GARREAU

Clémence TABASTOT
Puis, Clémence, dont je sais seulement qu'elle épousa Henri LEPAGE à Chartres, mais l'acte de mariage n'est pas encore en ligne (si une bonne âme voulait le prendre en photo, le 18 juillet 1917). 

René Henri TABASTOT

Puis René Henri, probablement pris en photo au moment de sa communion, vu le brassard. Il fut employé à la Société Générale et musicien (le gêne musical des LECAS continue), et épousa une employée du Crédit Lyonnais. À la suite de ces trois enfants, qui correspondaient en âge à mes recherches, se trouvait un petit bébé pour lequel ma mère avait noté (de l'entretien avec sa grand-mère) le prénom de Moïse. J'avais pourtant cherché dans les tables décennales de Châteauneuf-sur-Cher et de Chartres de 1883 à 1892 et n'avais rien trouvé qui prouvait que ce Moïse existait. Il pouvait s'agir d'une erreur de mémoire de Juliette Berthe LECAS ou tout simplement de René Henri pris en photo bébé. 

Moïse Clément TABASTOT
Habillé en petite fille, comme c'était encore l'usage à l'époque pour les petits garçons, je n'avais pas réalisé qu'il devait être bien plus jeune que ses frère et soeurs puisque les photos avaient a priori été prises en même temps. Je suis donc allé une dernière fois dans les tables décennales de Chartres, mais allant cette fois-ci jusqu'à celles de 1893 à 1902. Et c'est là que j'ai trouvé Moïse Clément TABASTOT. Il y a donc eu un dernier enfant tardif pour ce couple. Son matricule militaire m'apprend qu'il exerça la profession de dessinateur (encore la fibre artistique) et qu'il eut des problèmes financiers dans les années 30 (vol, émissions de chèques en blanc, défaut de paiement) pour lesquels ils fut plusieurs fois condamné à de la prison ou des amendes. Il fut également décoré de la Croix de guerre. Il vécu à Paris pendant la crise économique (d'où probablement ces condamnations car il devait manquer d'argent. Il a du être difficile de vivre cette époque avec un prénom qui pouvait paraître juif en pleine montée de l'antisémitisme en Europe. Il réussit néanmoins à traverser cette époque ainsi que la Deuxième guerre mondiale, puisqu'il mourut en 1982 à Paris. 

Famille TABASTOT-LECAS
(source : Heredis 2014)



dimanche 7 août 2016

Une décoration étonnante pour Jean Besse BROUSSAUDIER

Jacques FOURGEAUD + Anne DEPEYRAS
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Marguerite FOURGEAUD       François FOURGEAUD
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Anne MARCHAND         Anne FOURGEAUD
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Pierre BROUSSAUDIER           Pierre DESVEAUX
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Jean Besse BROUSSAUDIER     Baptiste DESVEAUX
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                                         Mon grand-père
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                                           Mon père
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                                            Moi

Parfois, la grande histoire vient rattraper la petite histoire. Ainsi, en cherchant le matricule militaire de mon cousin Jean Besse BROUSSAUDIER (ses parents prenant étonnamment la tradition britannique de donner le nom de famille de la mère comme deuxième prénom), je suis tombé sur un nom assez glaçant de notre histoire. 

(source : Archives départementales de la Haute-Vienne - 1 R 571 - p. 399)
"Cité % n° 22806 du CA en date du 3 octobre 1919
Le Mal de France Ct en chef les armées francaises
de l'est cite à l'% du CA M. Broussaudier
Officier ayant fait preuve en toutes circonstances
du plus grand courage et d'un sentiment élevé
de ses devoirs A été grièvement blessé le 19
Août 1917 aux carrières d'Houdremont au cours

d'un violent bombardement en s'efforçant de 
faire abriter ses hommes en portant secours 
aux blessés (Au grand quartier Général le 
5 octobre 1919 le Mal de France Ct en chef les armées
francaises de l'est signé Pétain
Croix de Guerre"

En lisant "maréchal de France" au début de la phrase, je ne pensais plus du tout à Philippe PÉTAIN. J'avais oublié en effet qu'avant d'être un dictateur, il a été un des héros de la Première guerre mondiale. Jean Besse BROUSSAUDIER sera également chevalier de la Légion d'honneur. 

vendredi 5 août 2016

Découverte du Cabinet des titres

Aujourd'hui, pour changer, plutôt que d'aller dans un centre d'archives, je me suis rendu à la célèbre salle ovale de la Bibliothèque nationale de France-Richelieu. 

Groume, Salle ovale, 19 mai 2012
(licence CC BY-SA 2.0 via Flickr)
J'y ai consulté les célèbres cahiers d'Hozier qui a dû, sous Louis XIV, chercher des preuves de noblesse pour toutes les familles nobles de France ! Différents fonds existent, bien que je n'arrive pas encore à en saisir les différences : les dossiers bleus, les carrés, le Chérin, les pièces originales, le nouveau d'Hozier. Malheureusement, la BNF interdit de faire des photos du lecteur de microfilm (contrairement aux photos de partitions que j'ai faites pour mon mémoire ou les photos que je prends toujours aux archives en toute légalité) alors qu'il s'agit de documents relevant du domaine public ! Il semble qu'il s'agisse d'une particularité du département des manuscrits (allez savoir pourquoi ?) alors que je n'ai jamais rencontré ce problème dans les autres BNF, prenant des photos sous le regard du président de salle. 

Deux arbres généalogiques de la famille d'Arlot de Frugie imprimés à la BNF
(source : photo personnelle)
 En tout cas, ces documents sont une véritable mine d'or : titres, actes notariés (ceux légalisés et ceux considérés comme des faux), arbres généalogiques, armoiries ... Autant de documents que les nobles ont dû dépêcher à Versailles pour prouver leur noblesse et grâce auxquels on peut remonter très loin. Ainsi, les moeurs, plus ou moins légères de mon ancêtre Antoine Bernard CHAPELLE, mon ancêtre à la 17e génération 

Antoine Bernard CHAPELLE
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Antoine CHAPELLE de JUMILHAC
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Madeleine CHAPELLE de JUMILHAC
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Antoine d'ARLOT
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Hélie d'ARLOT de FRUGIE
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Catherine d'ARLOT de FRUGIE
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Madeleine CHEVALIER
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Jean VEYRET
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Pierre VEYRET
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Catherine VEYRET
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Élisabeth BOULESTEIX
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Jean DESVEAUX
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Pierre DESVEAUX
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Baptiste DESVEAUX
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Mon grand-père
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Mon père
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Moi


"Declaration faite le 17e de fevrier de l'an 1562 par Antoine Bernard Chapelle Ecr Sr de la valade En perigord portant que pour laquitemt de sa Conscience et pour confesser a Dieu et aux hommes ce ql importoit grandement qu'il fut manifesté au grand jour Il avouoit que de Sa Jeunesse ayant eu diferentes habitudes avec des filles de vie desordonées neantmoins ayant repassé en Sa mémoire Ses mauvais  deportemens Il avoit pris le dessein de Se conjoindre en mariage et de fait avoir pris a femme Delle Isabelle d'Estivaut avec laquelle ayant habité plusrs années Sans en avoir lignée et Craignant de n'en [...] avoir Il avoit mis sous Ses Soins a faire Elever en tout honeur et bien Antoine Son Fils naturel ql. avoit eue d'une Demoiselle de bonne et ancienne maison noble reconnuë pour telle au paÿs".

Il semble qu'il n'ait pas voulu porter préjudice à la réputation de celle qu'il allait épouser, mais dans son testament, il avoue pourtant bien qu'Antoine CHAPELLE est son fils avec Isabelle d'ESTIVAUX qu'il aura eu avec elle avant leur mariage : "il declare avoir ete marié avec Delle Isabelle d'Estivaux de laquelle Il avoit eu trois Enfants et deux Filles Savoir antoine Chapelle dit de la valade Ecr Sr de Puismoreau". Bref, de nouvelles sources à exploiter en perspective ! En tout cas, le cabinet des titres est une véritable mine d'or infinie pour la généalogie, bien plus fiable que les nobiliaires qui s'en sont inspirés, mais ont parfois rajouté des informations erronées. Il vaut mieux aller vérifier à la source ce qui a constituer la "vérité officielle" à l'époque de Louis XIV.

Mise à jour : 06/08/16

Suite aux commentaires d'Hélène sur cet article, je suis allé vérifier les autres pièces non consultées concernant la famille Chapelle, notamment celles de Bernard CHÉRIN (cote MF 17941), généalogiste du roi après d'HOZIER. En effet, Antoine Bernard CHAPELLE déclare dans cet acte :

"Il declare avoir eu avant son mariage
un fils naturel nommé Antoine, et deux filles aussi naturelles qui sont mortes
en bas âges : que ce fils est vivant, et non encore marié, auquel il ne laisse portion
quelconque de son heredité, pour ce que par la bonne nourriture, et les sommes
de deniers, qu’il lui auroit baillé manuelement a plusieurs et diverses fois, 
led. Anthoine a fait maintes entreprises et negoces, avec tant d’heur, que
ses moyens peuvent le soutenir bien honestement selon son estat, et que
moyennant la bonne aide du Seigneur, il est avoir qu’il se cheminera
grandement du coste de la fortune par ses labeurs et ses Industries, et 
en telle maniere que lui Testateur, craignant que confusion ne se fasse
ores en avant d’icelui Anthoine sond. fils naturel, avec led. son fils legitime, 
ayant l’un et l’autre êté nourris dans sa maison, auroit a l’acquit de sa 
conscience fait une declaration pardevant notaire, laquelle Se trouveroit
entre ses Papiers ; voulant que led. Anthoine sond. fils naturel ne puisse
rien quereller dans sad. heredité, audelà de ce qu’il lui a precedemment donné
comme dit est, et dont en cas de besoin il lui fait encore don et donation
par la meilleur forme que ce soit : Ensuite il institue son heritier universel
Antoine Chapelle Escuier son fils legitime, et de lad. Isabelle d’Estivaut
avec substitution pour ses hoirs et decendans masles, l’ainé preferé aux
puinés, et au défaut des masles la fille ainée qui sera tenue en ce cas de 
porter le nom et les armes de lui Testateur."

Puis suit un arbre généalogique qui montre bien Antoine CHAPELLE, né avant le mariage de son père, non marié en 1563 (et deux autres filles naturelles mortes en bas âge), et Antoine CHAPELLE dit de la Valade écuyer, sieur de Puimoreau qui fut institué héritier universel par le testament de son père l'an 1563 (qui est donc mon ancêtre). La confusion vient de ce que la famille ait apporté de faux titres parmi les vrais (notamment certains relevant de la prétention du fils bâtard Antoine à s'inventer une ascendance maternelle provoquant une confusion dans les générations d'ascendance de son père reprises parfois dans des nobiliaires). 

dimanche 31 juillet 2016

Mariage au château de Saint-Chamond

Jean Baptiste ROYER
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Anne ROYER
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Louise ROSSARY
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Pierre François dit Francisque AYNARD
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Mathieu dit Édouard AYNARD 
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Marc dit Marc Augustin AYNARD
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Hélène Zoé Marcelle AYNARD
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Ma grand-mère

J'ai trouvé aujourd'hui un mariage étonnant à Saint-Chamond (Loire). Le marié, Maître Jean Baptiste ROYER, est à l'époque procureur fiscal de la ville et marquisat de Saint-Chamond. Il deviendra plus tard écuyer, conseiller secrétaire du Roi maison et couronne de France, avocat en parlement et juge général civil, criminel et de police de la ville et juridiction du marquisat de Saint-Chamond.

Armes Royer de la Bastie : d'azur à la roue d'argent de gueules, au chef d'or chargé d'un lion issant du champ.
(source : Amaury de la Pinsonnais / FranceGenWeb)
Il épouse demoiselle Angélique DELALANDE, fille d'Adrien de LA LANDE, secrétaire des dépêches de la Cour au Bureau Général des Postes de Lyon, bourgeois de Lyon.

(source : Archives départementales de la Loire - 3NUMRP7/1MIEC208X8 - p. 46)
"ont
Reçus La Benediction nuptiale dans La chapelle du 
chateau de st. chamond Paroisse de st Pierre"

Saint-Chamond (Loire), château des seigneurs et église collégiale, sur la colline Saint-Ennemond, gravure 1644.
(source : domaine public via Wikimedia commons)

Nos deux mariés reçoivent la bénédiction de Pierre Augustin ROYER, le frère de l'époux, prêtre chanoine et sacristain de l'église Saint-Jean. Ils ont reçus d'Antoine de SINOPE, évêque auxiliaire de Lyon, l'autorisation de se marier où ils le souhaitaient et choisissent la chapelle du château de Saint-Chamond (probablement le lieu où travaille Jean Baptiste ROYER vu sa charge).

(source : Archives départementales de la Loire - 3NUMRP7/1MIEC208X8 - p. 46)
"Le tout fait a la forme de la Susd. Dispense, qui à permis
aux dits futurs Epoux de se choisir Le lieux, Le prêtre düement
approuvé ; Le jour & L'heure, que Bon Leurs Sembleroit
fait audit chateau de st. chamond, Ce vingt sixieme du mois
de fevrier, Mille Sept cent Trente Deux"

Le seigneur de Saint-Chamond, qui prête aux mariés la chapelle de son château, assiste même au mariage. Sont donc témoins :

  • Messire Pierre BERTHOLET, prêtre curé de la paroisse Saint-Pierre de Saint-Chamond
  • Haut et puissant seigneur messire Charles Louis Joseph MITTE de CHEVRIERES de LA VIEUVILLE, marquis de Saint-Chamond, comte de Vienne, Confolans et Myolans, Seigneur de la Vallaizieu, Saint-Julien-en-Jarez, Saint-Martin, la Chatellard et autres places, premier baron de Lyonnais, Champagne et Savoie, brigadier des armées du Roi, colonel de dragons, chevalier de l'ordre de Saint-Louis
  • Monsieur Adrien de LA LANDE, secrétaire des dépêches de la cour au bureau général des postes de Lyon, bourgeois de Lyon, père de l'épouse
  • Demoiselle Jeanne CLAPEYRON, mère de l'épouse
  • Demoiselle Marguerite CHARPENEY, mère de l'époux
  • Sieur Pierre Augustin CHARPENEY, marchand, oncle de l'époux
  • Messire Guillaume DUTREYRE, écuyer, conseiller secrétaire au parlement de Dombes, capitaine châtelain de la ville de Saint-Chamond, oncle de l'époux
  • Sieur Jean François CLAPEYRON, contrôleur général des aides en l'élection de Saint-Étienne, beau-frère de l'époux
Voilà en tout cas un mariage qui change de l'ordinaire pour ne pas être célébré dans une église. Les mariés ont peut-être festoyé en compagnie du marquis de Saint-Chamond à l'issue de la cérémonie. 

vendredi 8 juillet 2016

Un mariage secret entre Mathurin FAULTRIER et Louise BOURY ?

Mathurin FAULTRIER + Louise BOURY
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Claude Joseph FAULTRIER
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Claude Mathurin Jérôme FAULTRIER
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Amédée FAULTRIER
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Henry MESLAY
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Henry Charles Joseph MESLAY
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Robert Eugène Henri MESLAY
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Ma grand-mère

Le 7 octobre 1721, à Louvaines (Maine-et-Loire), il semble qu'il se soit déroulé un mariage secret. En effet, c'est au beau milieu de la nuit, à quatre heures du matin, qu'un vaste groupe s'est assemblé dans l'Église Saint-Aubin.

(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1721-1754 (10 janvier) Communale - p. 10)
"le septieme jour d'octobre mil sept cent vingt
et un sur les quatre à cinq heures du matin
ont Comparu en cette eglise, mathurin faultrier"

Le mari est Mathurin FAULTRIER, marchand, fils d'honorable homme Claude FAULTRIER, aussi marchand, et d'honorable femme Catherine THIBAULT. La femme est demoiselle Louise BOURY, fille de noble homme Joseph BOURY et de demoiselle Marie COURCIER. Nous avons donc un homme du tiers-état qui épouse une jeune fille de la noblesse au beau milieu de la nuit ! J'ai d'abord pensé à un enlèvement et à un mariage secret pour cause de non consentement de la famille de l'épouse (les époux ont bien demandé une dispense de bans de l'évêque d'Angers). Mais à la réflexion, et vu les très nombreux témoins du côté de l'épouse, je pense plus pour une mésalliance qu'on préférait laisser discrète et sûrement contractée pour renflouer une famille désargentée. Peut-être que Louise BOURY, orpheline, n'avait pas une grande dot et que Mathurin FAULTRIER était un riche marchand. Toujours est-il que ce mariage a lieu en présence d'une grande assemblée. 

(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1721-1754 (10 janvier) Communale - p. 11)
Sont donc présents à ce mariage : 
  • Marie FAULTRIER, soeur de l'époux
  • Florent HUAU, marchand
  • Catherine FAULTRIER
  • Pierre CARTIER
  • Gervaise FAULTRIER
  • le sieur DECORET, avocat au présidial d'Angers
  • noble homme Pierre BOURY, sieur du Pont
  • demoiselle Jacquine BOURY
  • noble homme Nicolas BOURY de LA FANNELAIS, sieur de La Fannelais
  • noble homme Pierre BOURY du HOUSSÉ
  • demoiselle Renée BOURY
  • demoiselle Anne BOURY
  • demoiselle Marie BOURY
  • noble homme François VERDIER de LA RICHERES, sieur de la Richeres
  • noble homme Pierre VERDIER, sieur de la Miltiere
  • demoiselle Marie CROSNIER
  • noble homme Louis JAMET
  • demoiselle Anne JAMET
  • Alexandre HILLOT, cousin de l'épouse
J'ai retrouvé les armes d'une grande partie des membres de l'assemblée dans l'Armorial général de France sur Gallica. Ainsi, les Boury qui blasonnent : coupé d'or et de gueules, à 3 pommes de pin, de l'une en l'autre, posées 2 et 1. Un jeu de mot entre les pommes de pin et la sieurie de la Beaupinière qui appartient à la famille. 


La famille VERDIER porte : de sable à l'arbre d'argent. 


Et la famille CROSNIER porte : d'argent, à un chevron de gueules, accompagné de 3 cors de sable, liés de même, virolés et embouchés d'or. 


Une manière de réaffirmer aux généalogistes débutants que noblesse et particule n'ont aucun lien. En ce début de XVIIIe siècle, beaucoup portent des noms simples avec la qualification de "noble homme" ou "demoiselle", même si on voit apparaître le début de la mode qui consiste à accoler le nom de ses terres à son nom de famille (comme BOURY de LA FANNELAIS) ce qui a contribué à créer l'amalgame lors de la Révolution. 

(source : Heredis 2014)
Ces deux individus sont en tout cas les beau-parents de Thérèse Gabrielle POILLEPRÉ dont je racontais récemment comment elle avait été fait prisonnière des révolutionnaires pour avoir soutenu des prêtres réfractaires. 

Dispense de consanguinité entre Pierre GORJON et Jeanne PÂQUERON

Pierre GORJON + Jeanne PÂQUERON
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Alexis GORJON
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Silvain GORGEON
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Anne GORGEON
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Françoise PICOT
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Hélène Louise LAUBIER
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Juliette Berthe LECAS
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Ma grand-mère
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Ma mère
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Moi

Le 15 février 1751, Pierre GORJON, tisserand en toile, fils d'un défunt charron, épouse la fille du défunt roulier, Jeanne PÂQUERON dans la collégiale de Venesmes (Cher). Il est alors fait mention d'une dispense de consanguinité entre les deux époux.

(source : Archives départementales du Cher - 3E 839 - p. 2)
"n'ayant connois-
sance d'autre empêchement que d'un du quatriême degré de consanguinite dont les parties
ont ete dispensées par L'acte de dispense en datte du quinze du courant"

Le département du Cher ayant le luxe d'avoir un superbe site collaboratif où des bénévoles mettent à dispositions leurs photographies d'actes divers, dont les dispenses de consanguinité, je me suis retrouvé à nouveau confronté à pareil document extrêmement intéressant. 

(source : http://genlucie.free.fr/)
La lettre au cardinal archevêque de Bourges

Il commence par une supplique des deux futurs époux à l'aide de l'écrivain public BERTHON (Pierre GORJON sait signer, mais pas assez bien écrire pour une pareille lettre) au cardinal de LA ROCHEFOUCAULD, archevêque de Bourges. 

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)
"A Son Eminence
Monseigneur Le Cardinal
de la Rochefoucauld patriarche
archevesque de Bourges, ou a Lun de
Messieurs ses grands vicaires
Suplient humblement pierre Gorgeon Et
jeanne Paqueron pauvres habitans des
paroisses De venesme et de chasteauneuf Sur
cher en vôtre diocese
Disant que Led. Gorgeon est chargé D’un mariage
quil ne peut conduire par luy meme n’ayant n’y 
pere ni mere Et qu’il ne peut trouver
D Etablissement Sortable ayant Deia pris
Des mesures avec dautres party qui n’ont
Su reussir qu’avec Ladite Paqueront
De sorte quils se sont Lun et Lautre Engagé
par promesse de Mariage quils desirent
accomplir dans touttes Les formes, Ils ne Le
peuvent au faict de Lempeschement du 
quatrieme degré de consanguinité qui est entre
Eux Et comme Ils Sont pauvres et miserables
Et n’ont Les moyen denvoyer en cour de Rome
pour obtenir dispense dud. Empeschement
Ils ont Recours a vostre Eminence pour
En estre dispenséez et vous donnent a ces fins
La presente Requeste
Aux fins monseigneur quil plaise
a votre Eminence ayant Egard a La 
pauvreté des Suplians Les dipenser de
L Empeschement qui est entre eux, Ce faisant
Leur permetre de contracter mariage ensemble
en face de Leglise Les Ceremonies prescrite
gardés et observés Les Suplians ne cesseront de
Prier Dieu pour La prosperité et Santé de 
Vostre Eminence"

Rien ne vous a choqué ? Apparemment, Pierre GORJON n'a pas du tout envie d'épouser sa cousine : "Led. Gorgeon est chargé D’un mariage quil ne peut conduire par luy meme n’ayant n’y pere ni mere Et qu’il ne peut trouver D Etablissement Sortable ayant Deia pris Des mesures avec dautres party qui n’ont Su reussir qu’avec Ladite Paqueront De sorte quils se sont Lun et Lautre Engagé par promesse de Mariage". Ambiance ...

Fatalement, le procureur MOUZAY, et le vicaire-général de RADONVILLIERS demandent une enquête devant l'archiprêtre de Châteauneuf Claude COMPAING

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)
"Le Sieur Compaing cure et archiprêtre
de châteauneuf sur cher
que nous Commettons a cet effet pour ouir
Les tesmoins et Recevoir des Suplians Le
Serments declarations, et affirmations
Sur le necessaires en particulier de la Supliante
Si elle na point Eté ravie Contrainte forcé ou 
violenté pour consentir aud futur mariage
et Si C’est de son bon gré franche et Libre
volonté quelle Si est Engagé Et Sils doivent
Lun et Lautre Laccomplir"

Vu ma maigre expérience des dispenses de consanguinité, il semble qu'il s'agisse des formules classiques pour vérifier que la future épouse est véritablement consentante. Sachant que "la suppliante" en question se retrouve être le dernier choix de son futur mari qui n'a pas trouvé d'autre "parti sortable", elle supplie pas grand chose la pauvre. Nous avons donc droit à l'enquête. 

L'enquête à Châteauneuf-sur-Cher

Le 13 février 1751, tout ce beau monde a rendez-vous devant Claude COMPAING, licencié en théologie, archiprêtre curé de Châteauneuf, et son greffier, Maître Pierre Charles GODIN, prêtre vicaire de Châteauneuf, bachelier en théologie de l'université de Paris. 

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)
Le premier à être interrogé est Pierre GORJON. J'apprends qu'il est tisserand en toile et âgé de 20 ans (ces deux informations ne figuraient pas dans son acte de mariage). 

Suit Jeanne PÂQUERON qui dit être âgée de 26 ans, que son défunt père est roulier (à nouveau deux informations inédites). J'ai également la confirmation de l'étonnant nom de sa mère, Madeleine LAUVITU

Nous avons ensuite trois témoins entendus séparément :
  • Jean MERCIET, voiturier de 50 ans, oncle du futur époux
  • François GODET, marchand de 69 ans, non parent
  • Jacques COUPPÉ, aubergiste de 26 ans, non parent
Le premier se contente sobrement d'exposer leur lien de parenté qui est tracé dans un joli tableau (corrigeant par ailleurs une fausse filiation de leurs ancêtres BERNARD recopiés dans de nombreux arbres sur Geneanet par des gens qui n'ont pas pris la peine de consulter cette dispense de consanguinité). 

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)
D'un côté, Jean BERNARD est père d'Edmé BERNARD, qui est père de Roch BERNARD, qui est père de Madeleine BERNARD mariée à Alexis GORJON qui est mère de Pierre GORJON. De l'autre côté, ce même Jean BERNARD est le père de Jean BERNARD, qui est le père d'Anne BERNARD mariée à Jean LAUVITU, mère de Madeleine LAUVITU mariée à Pierre PAQUERON, mère de Jeanne PÂQUERON. Je suis fasciné par la capacité qu'avaient ces gens à connaître leur ascendance de mémoire sur quatre génération (alors que ce même Jean MERCIET qui témoigne ne sait pas écrire). Cela me fait penser à ma grand-mère qui pouvait citer ses ancêtres jusqu'à la Révolution et connaissait tous ses liens de cousinages (réels mais parfois très éloignés) dans le village. 

Le deuxième témoin apporte un complément qui confirme mon impression que ce mariage est un "moindre mal" pour le futur époux qui se rabat sur sa cousine faute de choix...

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)

"depose en outre que le dit gorjon est chargé d’un mariage qu’il ne peut
conduire par lui meme n’ayant ni pere ni mere qu’il a deja pris des
mesures pour se marier avec d’autres partis lesquelles n’ont pu reussir et que
eu egard à la petitesse du lieu il ne peut trouver d’autres partis sortables ce
qui le force de Se marier avec laditte jeanne paqueron qu’enfin ils sont
pauvres et miserables ne vivant que de leur travail et industrie et Sont hors
D’etat de fournir aux frais necessaires pour obtenir en cour de Rome une
dispense de L’empêchement qui est entre eux qui est tout ce que ledit temoin
a dit Sçavoir lecture à lui faite de Sa deposition il y a persisté et persiste Sans
vouloir y rien changer augmenter ni diminuer et a signé avec nous et notre
greffier"

N'en jetez plus ! À travers cet acte, je remonte non seulement les ancêtres de ce couple sur quatre générations, mais j'apprends en outre que Pierre GORJON avait essayé de trouvé d'autres femmes avant de se rabattre sur sa cousine. Sachant qu'il n'avait alors que 20 ans, il a dû commencer jeune ou avoir peu de choix "eu egard à la petitesse du lieu". Voici donc l'ascendance de leur fils sur cinq générations trouvée uniquement avec une dispense de consanguinité, montrant bien à quel point les documents autres que les registres paroissiaux sont extrêmement précieux. 

(source : Heredis 2014)


jeudi 7 juillet 2016

Le portrait de Georges Victor Marie BRANCHU


Victor Auguste BRANCHU + Adèle CHOPLAIN
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Georges Victor Marie BRANCHU     Louis Victor BRANCHU
                                                                      |
                                                                        Madeleine Marie Victorine BRANCHU
                                                                     |
                                                                     Ma grand-mère
                                                                     |
                                                                     Mon père
                                                                     |
                                                                     Moi

Dernière trouvaille aux archives départementales de la Sarthe, le portrait de Georges Victor Marie BRANCHU, le frère de mon trisaïeul, entrepreneur sarthois. J'étais en effet sûr, vu son niveau de notabilité au début du XXe siècle que je finirais par trouver une photo de lui dans un article de presse. En effets, les deux frères s'étaient fâchés, et si nous avons hérité de photographies très anciennes sur cette branche de la famille concernant nos ancêtres (jusque vers les années 1840), nous n'avions pas de photographie de Georges. 

(source : Heredis 2014)
Aux archives départementales de la Sarthe se trouvent des petites fiches cartonnées nominatives de toutes les personnes dont on possède une image ou photographie, et Georges BRANCHU en faisait partie. J'ai donc commandé la côte pour découvrir une revue intitulée L'Illustration économique et financière dans le numéro consacré à la Sarthe. Cette revue faisait partie de la "Collection Julien L'Hermitte" aux archives. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - 15 F 4)
Et voici donc le petit article hommage consacré à Georges Marie Victor BRANCHU après son décès, qui montre même une photographie des ateliers aux Sablons (quartier du Mans) et date la fondation de l'entreprise de serrurerie de la famille à 1795. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - 15 F 4)