vendredi 8 juillet 2016

Un mariage secret entre Mathurin FAULTRIER et Louise BOURY ?

Mathurin FAULTRIER + Louise BOURY
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Claude Joseph FAULTRIER
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Claude Mathurin Jérôme FAULTRIER
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Amédée FAULTRIER
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Henry MESLAY
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Henry Charles Joseph MESLAY
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Robert Eugène Henri MESLAY
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Ma grand-mère

Le 7 octobre 1721, à Louvaines (Maine-et-Loire), il semble qu'il se soit déroulé un mariage secret. En effet, c'est au beau milieu de la nuit, à quatre heures du matin, qu'un vaste groupe s'est assemblé dans l'Église Saint-Aubin.

(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1721-1754 (10 janvier) Communale - p. 10)
"le septieme jour d'octobre mil sept cent vingt
et un sur les quatre à cinq heures du matin
ont Comparu en cette eglise, mathurin faultrier"

Le mari est Mathurin FAULTRIER, marchand, fils d'honorable homme Claude FAULTRIER, aussi marchand, et d'honorable femme Catherine THIBAULT. La femme est demoiselle Louise BOURY, fille de noble homme Joseph BOURY et de demoiselle Marie COURCIER. Nous avons donc un homme du tiers-état qui épouse une jeune fille de la noblesse au beau milieu de la nuit ! J'ai d'abord pensé à un enlèvement et à un mariage secret pour cause de non consentement de la famille de l'épouse (les époux ont bien demandé une dispense de bans de l'évêque d'Angers). Mais à la réflexion, et vu les très nombreux témoins du côté de l'épouse, je pense plus pour une mésalliance qu'on préférait laisser discrète et sûrement contractée pour renflouer une famille désargentée. Peut-être que Louise BOURY, orpheline, n'avait pas une grande dot et que Mathurin FAULTRIER était un riche marchand. Toujours est-il que ce mariage a lieu en présence d'une grande assemblée. 

(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1721-1754 (10 janvier) Communale - p. 11)
Sont donc présents à ce mariage : 
  • Marie FAULTRIER, soeur de l'époux
  • Florent HUAU, marchand
  • Catherine FAULTRIER
  • Pierre CARTIER
  • Gervaise FAULTRIER
  • le sieur DECORET, avocat au présidial d'Angers
  • noble homme Pierre BOURY, sieur du Pont
  • demoiselle Jacquine BOURY
  • noble homme Nicolas BOURY de LA FANNELAIS, sieur de La Fannelais
  • noble homme Pierre BOURY du HOUSSÉ
  • demoiselle Renée BOURY
  • demoiselle Anne BOURY
  • demoiselle Marie BOURY
  • noble homme François VERDIER de LA RICHERES, sieur de la Richeres
  • noble homme Pierre VERDIER, sieur de la Miltiere
  • demoiselle Marie CROSNIER
  • noble homme Louis JAMET
  • demoiselle Anne JAMET
  • Alexandre HILLOT, cousin de l'épouse
J'ai retrouvé les armes d'une grande partie des membres de l'assemblée dans l'Armorial général de France sur Gallica. Ainsi, les Boury qui blasonnent : coupé d'or et de gueules, à 3 pommes de pin, de l'une en l'autre, posées 2 et 1. Un jeu de mot entre les pommes de pin et la sieurie de la Beaupinière qui appartient à la famille. 


La famille VERDIER porte : de sable à l'arbre d'argent. 


Et la famille CROSNIER porte : d'argent, à un chevron de gueules, accompagné de 3 cors de sable, liés de même, virolés et embouchés d'or. 


Une manière de réaffirmer aux généalogistes débutants que noblesse et particule n'ont aucun lien. En ce début de XVIIIe siècle, beaucoup portent des noms simples avec la qualification de "noble homme" ou "demoiselle", même si on voit apparaître le début de la mode qui consiste à accoler le nom de ses terres à son nom de famille (comme BOURY de LA FANNELAIS) ce qui a contribué à créer l'amalgame lors de la Révolution. 

(source : Heredis 2014)
Ces deux individus sont en tout cas les beau-parents de Thérèse Gabrielle POILLEPRÉ dont je racontais récemment comment elle avait été fait prisonnière des révolutionnaires pour avoir soutenu des prêtres réfractaires. 

Dispense de consanguinité entre Pierre GORJON et Jeanne PÂQUERON

Pierre GORJON + Jeanne PÂQUERON
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Alexis GORJON
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Silvain GORGEON
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Anne GORGEON
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Françoise PICOT
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Hélène Louise LAUBIER
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Juliette Berthe LECAS
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Ma grand-mère
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Ma mère
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Moi

Le 15 février 1751, Pierre GORJON, tisserand en toile, fils d'un défunt charron, épouse la fille du défunt roulier, Jeanne PÂQUERON dans la collégiale de Venesmes (Cher). Il est alors fait mention d'une dispense de consanguinité entre les deux époux.

(source : Archives départementales du Cher - 3E 839 - p. 2)
"n'ayant connois-
sance d'autre empêchement que d'un du quatriême degré de consanguinite dont les parties
ont ete dispensées par L'acte de dispense en datte du quinze du courant"

Le département du Cher ayant le luxe d'avoir un superbe site collaboratif où des bénévoles mettent à dispositions leurs photographies d'actes divers, dont les dispenses de consanguinité, je me suis retrouvé à nouveau confronté à pareil document extrêmement intéressant. 

(source : http://genlucie.free.fr/)
La lettre au cardinal archevêque de Bourges

Il commence par une supplique des deux futurs époux à l'aide de l'écrivain public BERTHON (Pierre GORJON sait signer, mais pas assez bien écrire pour une pareille lettre) au cardinal de LA ROCHEFOUCAULD, archevêque de Bourges. 

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)
"A Son Eminence
Monseigneur Le Cardinal
de la Rochefoucauld patriarche
archevesque de Bourges, ou a Lun de
Messieurs ses grands vicaires
Suplient humblement pierre Gorgeon Et
jeanne Paqueron pauvres habitans des
paroisses De venesme et de chasteauneuf Sur
cher en vôtre diocese
Disant que Led. Gorgeon est chargé D’un mariage
quil ne peut conduire par luy meme n’ayant n’y 
pere ni mere Et qu’il ne peut trouver
D Etablissement Sortable ayant Deia pris
Des mesures avec dautres party qui n’ont
Su reussir qu’avec Ladite Paqueront
De sorte quils se sont Lun et Lautre Engagé
par promesse de Mariage quils desirent
accomplir dans touttes Les formes, Ils ne Le
peuvent au faict de Lempeschement du 
quatrieme degré de consanguinité qui est entre
Eux Et comme Ils Sont pauvres et miserables
Et n’ont Les moyen denvoyer en cour de Rome
pour obtenir dispense dud. Empeschement
Ils ont Recours a vostre Eminence pour
En estre dispenséez et vous donnent a ces fins
La presente Requeste
Aux fins monseigneur quil plaise
a votre Eminence ayant Egard a La 
pauvreté des Suplians Les dipenser de
L Empeschement qui est entre eux, Ce faisant
Leur permetre de contracter mariage ensemble
en face de Leglise Les Ceremonies prescrite
gardés et observés Les Suplians ne cesseront de
Prier Dieu pour La prosperité et Santé de 
Vostre Eminence"

Rien ne vous a choqué ? Apparemment, Pierre GORJON n'a pas du tout envie d'épouser sa cousine : "Led. Gorgeon est chargé D’un mariage quil ne peut conduire par luy meme n’ayant n’y pere ni mere Et qu’il ne peut trouver D Etablissement Sortable ayant Deia pris Des mesures avec dautres party qui n’ont Su reussir qu’avec Ladite Paqueront De sorte quils se sont Lun et Lautre Engagé par promesse de Mariage". Ambiance ...

Fatalement, le procureur MOUZAY, et le vicaire-général de RADONVILLIERS demandent une enquête devant l'archiprêtre de Châteauneuf Claude COMPAING

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)
"Le Sieur Compaing cure et archiprêtre
de châteauneuf sur cher
que nous Commettons a cet effet pour ouir
Les tesmoins et Recevoir des Suplians Le
Serments declarations, et affirmations
Sur le necessaires en particulier de la Supliante
Si elle na point Eté ravie Contrainte forcé ou 
violenté pour consentir aud futur mariage
et Si C’est de son bon gré franche et Libre
volonté quelle Si est Engagé Et Sils doivent
Lun et Lautre Laccomplir"

Vu ma maigre expérience des dispenses de consanguinité, il semble qu'il s'agisse des formules classiques pour vérifier que la future épouse est véritablement consentante. Sachant que "la suppliante" en question se retrouve être le dernier choix de son futur mari qui n'a pas trouvé d'autre "parti sortable", elle supplie pas grand chose la pauvre. Nous avons donc droit à l'enquête. 

L'enquête à Châteauneuf-sur-Cher

Le 13 février 1751, tout ce beau monde a rendez-vous devant Claude COMPAING, licencié en théologie, archiprêtre curé de Châteauneuf, et son greffier, Maître Pierre Charles GODIN, prêtre vicaire de Châteauneuf, bachelier en théologie de l'université de Paris. 

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)
Le premier à être interrogé est Pierre GORJON. J'apprends qu'il est tisserand en toile et âgé de 20 ans (ces deux informations ne figuraient pas dans son acte de mariage). 

Suit Jeanne PÂQUERON qui dit être âgée de 26 ans, que son défunt père est roulier (à nouveau deux informations inédites). J'ai également la confirmation de l'étonnant nom de sa mère, Madeleine LAUVITU

Nous avons ensuite trois témoins entendus séparément :
  • Jean MERCIET, voiturier de 50 ans, oncle du futur époux
  • François GODET, marchand de 69 ans, non parent
  • Jacques COUPPÉ, aubergiste de 26 ans, non parent
Le premier se contente sobrement d'exposer leur lien de parenté qui est tracé dans un joli tableau (corrigeant par ailleurs une fausse filiation de leurs ancêtres BERNARD recopiés dans de nombreux arbres sur Geneanet par des gens qui n'ont pas pris la peine de consulter cette dispense de consanguinité). 

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)
D'un côté, Jean BERNARD est père d'Edmé BERNARD, qui est père de Roch BERNARD, qui est père de Madeleine BERNARD mariée à Alexis GORJON qui est mère de Pierre GORJON. De l'autre côté, ce même Jean BERNARD est le père de Jean BERNARD, qui est le père d'Anne BERNARD mariée à Jean LAUVITU, mère de Madeleine LAUVITU mariée à Pierre PAQUERON, mère de Jeanne PÂQUERON. Je suis fasciné par la capacité qu'avaient ces gens à connaître leur ascendance de mémoire sur quatre génération (alors que ce même Jean MERCIET qui témoigne ne sait pas écrire). Cela me fait penser à ma grand-mère qui pouvait citer ses ancêtres jusqu'à la Révolution et connaissait tous ses liens de cousinages (réels mais parfois très éloignés) dans le village. 

Le deuxième témoin apporte un complément qui confirme mon impression que ce mariage est un "moindre mal" pour le futur époux qui se rabat sur sa cousine faute de choix...

(source : Archives départementales du Cher - 2 G 114 / 1039)

"depose en outre que le dit gorjon est chargé d’un mariage qu’il ne peut
conduire par lui meme n’ayant ni pere ni mere qu’il a deja pris des
mesures pour se marier avec d’autres partis lesquelles n’ont pu reussir et que
eu egard à la petitesse du lieu il ne peut trouver d’autres partis sortables ce
qui le force de Se marier avec laditte jeanne paqueron qu’enfin ils sont
pauvres et miserables ne vivant que de leur travail et industrie et Sont hors
D’etat de fournir aux frais necessaires pour obtenir en cour de Rome une
dispense de L’empêchement qui est entre eux qui est tout ce que ledit temoin
a dit Sçavoir lecture à lui faite de Sa deposition il y a persisté et persiste Sans
vouloir y rien changer augmenter ni diminuer et a signé avec nous et notre
greffier"

N'en jetez plus ! À travers cet acte, je remonte non seulement les ancêtres de ce couple sur quatre générations, mais j'apprends en outre que Pierre GORJON avait essayé de trouvé d'autres femmes avant de se rabattre sur sa cousine. Sachant qu'il n'avait alors que 20 ans, il a dû commencer jeune ou avoir peu de choix "eu egard à la petitesse du lieu". Voici donc l'ascendance de leur fils sur cinq générations trouvée uniquement avec une dispense de consanguinité, montrant bien à quel point les documents autres que les registres paroissiaux sont extrêmement précieux. 

(source : Heredis 2014)


jeudi 7 juillet 2016

Le portrait de Georges Victor Marie BRANCHU


Victor Auguste BRANCHU + Adèle CHOPLAIN
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Georges Victor Marie BRANCHU     Louis Victor BRANCHU
                                                                      |
                                                                        Madeleine Marie Victorine BRANCHU
                                                                     |
                                                                     Ma grand-mère
                                                                     |
                                                                     Mon père
                                                                     |
                                                                     Moi

Dernière trouvaille aux archives départementales de la Sarthe, le portrait de Georges Victor Marie BRANCHU, le frère de mon trisaïeul, entrepreneur sarthois. J'étais en effet sûr, vu son niveau de notabilité au début du XXe siècle que je finirais par trouver une photo de lui dans un article de presse. En effets, les deux frères s'étaient fâchés, et si nous avons hérité de photographies très anciennes sur cette branche de la famille concernant nos ancêtres (jusque vers les années 1840), nous n'avions pas de photographie de Georges. 

(source : Heredis 2014)
Aux archives départementales de la Sarthe se trouvent des petites fiches cartonnées nominatives de toutes les personnes dont on possède une image ou photographie, et Georges BRANCHU en faisait partie. J'ai donc commandé la côte pour découvrir une revue intitulée L'Illustration économique et financière dans le numéro consacré à la Sarthe. Cette revue faisait partie de la "Collection Julien L'Hermitte" aux archives. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - 15 F 4)
Et voici donc le petit article hommage consacré à Georges Marie Victor BRANCHU après son décès, qui montre même une photographie des ateliers aux Sablons (quartier du Mans) et date la fondation de l'entreprise de serrurerie de la famille à 1795. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - 15 F 4)

mercredi 6 juillet 2016

Deux actes de tutelle pour les soeurs MULOCHEAU

Urbain MULOCHEAU + Louise COMPAIN
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Louise MULOCHEAU         Renée Julienne MULOCHEAU
                                                 |
                                               Simon BRANCHU
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                                             Victor Auguste BRANCHU
                                                 |
                                                  Louis Victor BRANCHU
                                                 |
                                                     Madeleine Marie Victorine BRANCHU
                                                 |
                                                 Ma grand-mère
                                                 |
                                                   Mon père
                                                 |
                                                  Moi

Continuant l'exploration des actes notariés pris en photos aux archives départementales de la Sarthe, un acte concernant Louise MULOCHEAU, soeur d'une de mes ancêtres, dans laquelle apparaît François BRANCHU, mon ancêtre direct. 

(source : Heredis 2014)
Devant maître Julien PINEAU, notaire à Chemiré-le-Gaudin (Sarthe), passent Jean MULOCHEAU, l'oncle et le tuteur de Louise MULOCHEAU, et François BRANCHU, son beau-frère et curateur. Il y a eu en effet, avant ce 5 mai 1792 une vente publique des biens d'Urbain MULOCHEAU et de Louise COMPAIN, les parents de la jeune orpheline et une partie de la somme récoltée lui revient de droit. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - 4 E 15 / 51)
"il paroit par la vente Susdatée que le restant
net d’icelle, déduction faite, des dettes passives y 
mentionnées et alors payées par le dit Mulocheau, 
revient à la somme de deux cent quatre vingt sept 
livres neuf sols trois deniers dont moitié qui
apartenoit à la dite Louise Mulocheau"

Louise MULOCHEAU avait été placée en pension pendant trois ans chez le bordager Jean CHAMPION. De cette somme est donc déduite ce qui est dû pour les frais de sa pension. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - 4 E 15 / 51)
"Sur laquelle Somme le dit Mulocheau a déclaré avoir payé
à Jean Champion bordager au dit Chemiré, La Somme de cent
trente cinq livres pour trois années de pension de la dite
Louise Mulocheau"

Sont alors mentionnés quantités d'actes concernant la tutelle, les frais de pension, etc. que je pourrais aller chercher par la suite aux archives. Louise MULOCHEAU n'est pas ingrate pour les soins de son oncle, et lui accorde une nouvelle remise sur les recettes de cette vente de biens pour les soins qu'il a bien voulu avoir pour elle. Peut-être était-elle coquette, car il est fait mention des "emplettes des diférentes choses dont elle a eu besoin pour son entretien"

(source : Archives départementales de la Sarthe - 4 E 15 / 51)
"Mais comme le dit Mulocheau
a depuis le huit Mars 1788, nourri et entretenu Ladite
Louise Mulocheau et employé plusieurs journées, tant 
à assister aux actes Sus datés, que pour aller faire les 
emplettes des diférentes choses dont elle a eu besoin pour 
son entretien, elle déclare faire remise pure et Simple
aud. Mulocheau de lad. Somme de trois livres dix neuf
Sols un denier, reconnaissant qu’elle n’est pas même
Suffisante pour l’indemniser de Ses debourcés, peines
et soins"

Le deuxième acte concerne mon ancêtre Renée Julienne MULOCHEAU qui comparait avec l'autorisation et la présence de son mari François BRANCHU pour la même raison de la vente publique des biens de ses parents. Je découvre alors un caractère un bien ... dépensier de mon ancêtre, qui apparaissait déjà un peu chez sa soeur, mais qui est ici mis en exerce. Par ailleurs, je récolte des précieuses informations sur des actes notariés de ses parents et grands parents qui vont me permettre de retrouver d'autres informations les concernant. Voici en tout cas ce que dit cet acte : 
  • Renée Julienne MULOCHEAU doit hériter de sa part de cette vente, soit 143 livres 14 sols et 7 deniers et demi. 
Jean MULOCHEAU dit avoir payé sur cette somme 46 livres 10 sols et 6 deniers soit :
  • 7 livres 9 sols au sieur curé d'Athenay (Sarthe) "pour messes et services célébrés pour les d[its] défunts" ses parents. 
  • 13 livres 15 sols pour "marchandises fournies" par le Sieur POIRIER l'aîné, marchand à La Suze (Sarthe)
  • 104 sols pour "soulier fournis" par René FOUQUE maître cordonnier à Chemiré (Sarthe)
  • 6 livres 4 sols pour "marchandises fournies" par le Sieur CRIÉ marchand à Vallon (Sarthe)
  • 111 sols pour "marchandises fournies" à la femme POIRIER marchande à Vallon (Sarthe)
  • 8 livres 7 sols 6 deniers pour les frais de notaire
J'y apprends en outre que la succession de Renée MAUBOUSSIN, grand-mère de Renée Julienne MULOCHEAU, a eu lieue devant notaire le 11 mai 1788. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - 4 E 15 / 51)

"Sur laquelle Somme Lesd. Branchu et femme reconnaissent
et confessent avoir cy devant reçu à compte, dudit
Mulocheau, celle de Soixante Six livres quatorze Sols, 
tant en argent, qu’en vin, froment et assignats, partant
led. Mulocheau ne leur est plus redevable que de quatre
vingt dix Sept livres quinze Sols Sept deniers, la
quelle Somme ils reconnoissent avoir présentement
reçue dudit Mulocheau, en assignats et en menue
monnoie ayant cours."

Nous sommes en effet en 1792, il est fait mention de la "paroisse" de Chemiré, mais également des "citoyens" et des "ci-devant deniers Royaux". Les assignats sont une nouvelle forme de monnaie papier apparue à la Révolution. 

***, Assignat de dix livres, de la création du 24 octobre 1792 [estampe, 7,3 cm x 11,4 cm]
(source : Gallica/BnF)
Enfin, il est fait mention du contrat de mariage d'Urbain MULOCHEAU et de Louise COMPAIN passé le 3 février 1766 devant maître NIÉCERON. Dans ces deux actes concernant mes ancêtres paternels, les témoins (René CHOTARD et Louis VEGEAIS) sont probablement de la famille de ma mère qui a des ancêtres du même nom vivant à la même époque à Chemiré-le-Gaudin. Amusant que les familles se soient côtoyées trois siècles avant nous. J'ai en tout cas appris que mon ancêtre Renée Julienne MULOCHEAU était assez dépensière en marchandises et chaussures et j'ai la date de deux contrats importants (une succession de sa grand-mère et le contrat de mariage de ses parents) à chercher quand je retournerai au Mans. 

mardi 5 juillet 2016

Jacques Julien GASNIER, le chanoine de Troo

Jacques GASNIER + Julienne BOILEAU
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Jacques Julien GASNIER       Jean François GASNIER
                                           |
                                                 Louis François GASNIER
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                                            Marie dite Louise GAGNIER
                                           |
                                            Marie Madeleine BOURCIER
                                           |
                                             Modeste Anne Madeleine BOURCIER
                                           |
                                               Victorine Ernestine BOURSIER
                                           |
                                          Berthe Louise Stéphanie GRELOT
                                           |
                                            Mon grand-père
                                           |
                                          Ma mère
                                           |
                                            Moi

Jacques Julien GASNIER naît en 1698 et est baptisé dans la Cathédrale du Mans (paroisse du Crucifix). Son destin de futur prêtre a voulu que son parrain fut le vénérable et discret maître Julien RICHARD, chanoine de l'église du Mans. Voici à quoi ressemble la cathédrale Saint-Julien à l'époque de son baptême avec déjà, à droite du portail, le menhir bien connu des Manceaux. 

Louis BOUDAN, L'Eglise St Iulien Cathédrale de la Ville du Mans, Veüe du costé du grand portail. 1695, 1695
(source : Gallica/BnF)
Ce personnage, frère de mon ancêtre Jean François GASNIER, fait partie d'une famille de notables de la fin du XVIIe siècle. Ils sont tous baptisés dans la cathédrale avec des prêtres et chanoines comme parrains, certains sont enterrés dans des églises du Mans, et épousent des femmes qualifiées de "damoiselles" (mon ancêtre Jean François a d'ailleurs épousé demoiselle Perrine DELBROUCK, très probablement d'origine Belge). En allant il y a quelques mois aux archives départementales de la Sarthe, j'ai eu la chance de trouver mention de Jacques Julien GASNIER dans les registre de l'Abbaye des Bénédictines du Ronceray, située à Angers (Maine-et-Loire)

(source : Archives départementales de la Sarthe - H 1592)
Le premier acte est une procuration passée le 9 avril 1743 devant Maître Martin PILLETTE à Troo (Loir-et-Cher) par laquelle Jacques Julien GASNIER, âgé de 44 ans (âge déjà mur pour l'époque) ne souhaitant peut-être pas se rendre jusqu'à l'abbaye d'Angers, désigne comme son procureur Maître Louis DUCHESNE, prêtre curé de Marçon (Sarthe). 

(source : Archives départementales de la Sarthe - H 1592)
Pardevant nous martin Pillette nottaire Royal
en Vendômois Colloqué et Residant a troo Sousisgné, Le Neufjesme
Jour dauvril Mil Sept Cent quarante trois avant Midy, 
fut Present Me Jaques Julien Gasnier prestre Chanoine
de l’ Eglise Collegialle et paroissialle St Martin de troo y demt
psse dud lieu, Et titullaire de la Chapelle de Saint Mamers, 
Erigée en L Eglise paroissiale de Marçon

Il s'agit de son "collègue" puisqu'en plus d'être chanoine de Troo, Jacques Julien GASNIER est également titulaire de la chapelle de Saint-Mamers située dans l'église de Marçon. Il semble qu'il y ait une histoire d'hommages à prêter à l'Abbesse du Ronceray pour des terres et seigneuries (nous sommes encore au temps du droit coutumier). 

(source : Archives départementales de la Sarthe - H 1592)
"a donné
et donne par Ces presentes plain et Entier pouvoir, Donnes par
declaration, tous Les heritages despendants es lad Chapelle
St Mamers, a La Dame abbesse du Ronceray, pour Raison 
de Ceux qui Sont despendants et Relevants es Ses fiefs
Et Seigneuries, Les presentes et affirmes [?] devant Messieurs
Les officiers desd fiefs et Seigneuries, Et Dicelle en Requerir
et Retirer Congé ou Renvoy, offrir payer, Servir et Continuer
Leurs Cens et Rentes qui peuvent estre dus a lad Dame abbesse
pour lavenir Mesmes les arrerages du passé Sy […]"

Charles d'HOZIER, Volumes reliés du Cabinet des titres : recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé, en vertu de l'édit de 1696, parCharles D'HOZIER. (1697-1709). XXII Orléans, 1701-1800
(source : Gallica/BnF)
La question demeurait de savoir pour quelle raison les papiers d'une abbaye du Maine-et-Loire se trouvaient aux archives de la Sarthe. La réponse m'a été apportée (grâce à Gallica) dans le document suivant qui concerne les assises tenues au prieuré de Courthamon. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - H 1592)
"Et le trente un may mil Sept Cent quarente trois Continuant Les assisses
audit prieuré de courthamon
Est comparu me Loüis duchesne prestre curé de la paroisse de marson
y demeurant au nom et comme procureur Special de me Jacques Jullien
gasnier prestre chanoinne de l Eglise collegialle et paroissialle de Saint
martin de troo y demeurant paroisse dudit lieu et titulaire de la 
chapelle de St mamer erigée dans leglize paroissialle dud marçon
Suivant Sa procuration passée devant me martin pillette nore Royal
a troo du neuf avril dernier, controllée a montoire le dix dudit mois
representée en minute par led Sr duchesne qui l’a affirmée veritable
Et est demeurée attachée a Ces presentes "

Société historique et archéologique du Maine, Revue historique et archéologique du Maine, t. XIV, Le Mans, Imprimerie Monnoyer, p. 107
(source : Gallica/BnF)
Louis DUCHESNE, chargé de la procuration de Jacques Julien GASNIER, se rend donc à Vouvray-sur-Loir (Sarthe) et s'avoue en son nom sujet de cette seigneurie baillée de Jonchères. Le prieuré de Courthamon dépendait en effet de l'abbaye du Ronceray et le voyage était probablement moins long pour notre prêtre. 

F. UZUREAU, "Deux abbayes angevines au XVIIe siècle" in Revue Mabillon : archives de la France monastique, Paris, Jouve et Compagnie, p. 335
(source : Gallica/BnF)
Il y déclare que le sieur GASNIER, en tant que titulaire de la chapelle de Saint-Mamez, y possède "trente chesnées de prés" et "dix chesnées de vigne". Il semble qu'il avait oublié de payer les "cinq sols deux deniers" à "madame l'abbesse de l'abbaye Royalle du Ronseray d'Angers" pour ces terres et seigneuries et qu'il est donc condamné à une amende. 

(source : Archives départementales de la Sarthe - H 1592)
"de laquelle declaration nous avons jugé le dit
duchesne audit nom Sauf deffection et de Son consentement
Condamné a payer Savoir et continuer ledit devoir de cinq Sols
deux deniers a cette recepte audit Jour dangevinne, a payer les
arrerages dudit devoir par luy confessé en deniers ou quittences
a exiber Ses lettres de proprietté dans huitainne Sinon […] audit
procureur de cour du […] de Ses droits aux amendes de coutume Sans
prejudice d’autres droits Seigneuriaux et feodaux fait et donné par 
nous Juge Susdit les dits jour et an que dessus"

C'est en tout cas amusant de voir que cinquante ans avant la Révolution, les droits féodaux et hommages de seigneuries (la France était découpée de milliers de petites seigneuries qui se superposaient, rendant le système de foi et hommage dus extrêmement complexe et sujet à de nombreux oublis et erreurs) existaient toujours. 

vendredi 17 juin 2016

Terrible incendie à Limoges le 13 novembre 1869

Marie DAUVERGNE + Bernard SAINT-YRIEIX + Marie BROCHET
|                                                            |
François SAINT-YRIEIX                       Louis SAINT-YRIEIX
   (époux Marie MIGNOT)                                         |                     
                                                             |
                                                       Françoise SAINT-YRIEIX
                                                             |
                                                     Yvonne Marguerite Marie SUIVRE
                                                             |
                                                          Mon grand-père

Jusqu'à aujourd'hui, je savais peu de choses sur François SAINT-YRIEIX, le demi-frère de mon ancêtre Louis SAINT-YRIEIX, si ce n'est qu'il était rentier et habitait à Limoges (Haute-Vienne) lorsqu'il était témoin du mariage de sa nièce, mon ancêtre Françoise SAINT-YRIEIX avec Élie SUIVRE

(source : Heredis 2014)
François SAINT-YRIEIX est né du premier mariage de Bernard SAINT-YRIEIX, mon ancêtre, avec Marie DAUVERGNE. Comme il vivait apparemment à Limoges en 1894, je suis allé voir les tables décennales de cette grande ville dans l'espoir de retrouver ce nom de famille peu commun. J'ai assez rapidement retrouvé son mariage en 1870 (il a alors 37 ans) avec une jeune veuve de 23 ans, Marie MIGNOT. Elle est peintre, et veuve d'un peintre en porcelaine. Lui est à ce moment sous-brigadier d'octroi. 

(source : Heredis 2014)
Comme toujours dans les actes de mariage de cette époque, sont indiqués les date et lieu de naissance des futurs époux, ainsi que ceux de décès de leurs parents s'il y a lieu. Je ne me contente jamais de prendre ces informations (parfois erronées) pour argent comptant, mais je vais toujours vérifier dans les archives si je trouve les dits actes selon les renseignements indiqués (mêmes pour des collatéraux) afin d'avoir un arbre généalogique correctement sourcé et de ne pas véhiculer des informations généalogiques fausses sur internet. Et c'est en cherchant le décès de Marie CIBOT, la mère de la mariée, que je suis tombé sur un procès-verbal de police. 



(source : Archives départementales de la Haute-Vienne - 3 E 85 / 256 - pp. 152-153)
Le 24 Novembre 1869. 
LIMOGES
COMMISSARIAT
DE POLICE
L’an mil huit cent soixante-neuf le Vingt-quatre Novembre.
Nous, Guillaume Redon, 
Commissaire de Police du 1er arrondissement de Limoges, 
Après avoir constaté les désastres occasionnés
par l’incendie de la rue Banc-léger le 13 de ce mois
qui a éclaté au domicile de la Veuve Mignot, née Marie
Cibot, agée de 64 ans, nous nous Sommes livré à une
enquête de laquelle il résulte que les Sieurs Junand
Mignot, agé de 23 ans, commis de commerce ; 2°
Dorat Jn Bte, Cordonnier ; 3° Cramer, Victor, agé de 
24 ans, artiste lyrique ; 4° Dubois, Joseph, restaurateur, 
agé de 54 ans, et 5° Cibot, Marie, Veuve Nicaud, tous
habitants la maison de Mme Veuve Mignot où le
feu a pris naissance, nous ont déclaré qu’ils avaient
échapés d’une manière toute providentielle de cet
affreux Sinistre ; mais qu’ils étaient convaincus que, 
Mme Veuve Mignot, née Marie Cibot ; amélie
Nicaud, agée de 5 ans et Mlle Juliette Joie, agée de 
54 ans, environ, locataire de Mme Veuve Mignot, étaient
restées dans les flammes et avaient infailliblement trouvé
la mort. 
Nous avons attendu Jusqu’à ce jour, c’est-à-dire, 
jusqu’à la fin de l’enlèvement des décombres ordonné
par la diligence de M. le Maire, pour constater SI 
on ne trouvait pas quelque reste provenant des trois
Victimes ; mais nous avons attendu en Vain. Il y a tout 
lieu de croire que les trois cadavres ont été entièrement
pulvérisés.
De tout quoi nous avons rédigé le présent procès-
Verbal pour être transmis à Monsieur le Maire, les
Jours, mois et an que dessus.
Le commissaire de police, 
P.S. Postérieurement à la rédaction de ce 
procès-Verbal, il a été trouvé dans les décombres des restes
humains qui ne laissent aucun doute Sur la mort des
Victimes de la catastrophe du treize novembre mil
huit cent Soixante-neuf.
Le commissaire de police, 
Redon

Un véritable drame s'est donc déroulé un an avant le remariage de Marie MIGNOT avec le frère de mon ancêtre. À trois heures du matin, la nuit du 13 novembre 1869, le domicile de la veuve MIGNOT situé au 6 rue Banc Léger, à Limoges, a pris feu ! Junand MIGNOT (probablement frère de Marie), Jean-Baptiste DORAT, Victor CRAMER (un artiste lyrique !), Joseph DUBOIS et Marie MIGNOT (nommée par erreur du nom de sa mère) ont réussi à s'échapper de cet incendie. Laissant une des locataires de Marie CIBOT et la propre fille de Marie MIGNOT, la petite Marie Amélie NICAUD âgée de 4 ans périr dans les flammes. Mais une femme orpheline (peut-être même avait-elle d'autres enfants avec son défunt premier mari) ne pouvait rester vivre seule très longtemps. C'est probablement la raison pour laquelle Marie MIGNOT épouse François SAINT-YRIEIX à peine quatre mois après cet horrible accident. Reste maintenant à chercher s'ils ont eu des enfants et si une branche de SAINT-YRIEIX a fait souche à Limoges.

Léonard REBEYROL part vivre en Espagne

Guillaume REBEYROL + Marguerite MONTASTIER
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Pierre RIBEYROL                      Isabeau REBEYROL
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Léonard REBEYROL                       Élie SUIVRE
                                                    |
                                                     Yvonne Marguerite Marie SUIVRE
                                                    |
                                                 Mon grand-père

Le registres de matricule militaire sont de précieuses sources d'informations. Tout d'abord, ils nous permettent de savoir quelle profession exerçait une personne à ses 20 ans. Ensuite, parce qu'on a une description physique (couleur de cheveux, d'yeux, morphologie du visage, taille, particularités physionomiques) et intellectuelle (degré d'instruction) de cette personne. Enfin, parce qu'ils contiennent les localités successives d'habitation. Et quand comme moi on aime faire de la généalogie descendance (c'est-à-dire retrouver tous les descendants de chaque ancêtre pour savoir ce que sont devenues les différentes branches), cela facilite grandement les choses, notamment pour cette fin de XIXe siècle où les gens avaient une bien plus grande mobilité du fait du chemin de fer. Ainsi, Léonard REBEYROL, un de mes cousins, dont le matricule militaire m'a permis de comprendre pourquoi je ne lui trouvais plus d'enfants à Chaleix (Dordogne) passé la naissance de son premier fils Guillaume en 1888. 

(source : Archives départementales de la Corrèze - R 1128 - p. 383)
Il est sûrement parti exercer ses talents de maréchal-ferrant (la famille travaille le métal depuis des générations, avec pour origines les maîtres de forges CHAPELLE de JUMILHAC dont les REBEYROL héritent les prénoms Guillaume et Marguerite qui font hommage à ces prestigieux ancêtres) en Espagne puisqu'il est indiqué qu'il vit en 1891 à Bilbao en Espagne. 

(source : Heredis 2014)
Même si l'Espagne n'est pas très loin de sa Dordogne natale, c'est amusant de se dire qu'il y a peut-être une branche de cousins qui a fait souche dans ce pays où la légende familiale dit que nous aurions des origines (ce qui n'est pas faux en soit puisque nous avons des ancêtres espagnols au XVIe siècle).