mercredi 18 février 2015

Mes deux grands-mères reliées en 1783

Pays/territoire : Issoudun, France
Parfois, la généalogie se croise d'une commune à l'autre. Au détour d'une note du Père TOURANGIN, curé de l'Église Saint-Paterne d'Issoudun (Indre), faisant le bilan de l'année 1783 j'ai trouvé une référence aux frères MONTGOLFIER alors que je cherchais des renseignements sur mes ancêtres LAMOUREUX.

Les habitants de la paroisse Saint-Paterne d'Issoudun sont donc les LAMOUREUX dont voici le lien avec ma grand-mère : 

(source : Heredis 2014)
Les inventeurs de la montgolfière sont les oncles d'Élie Ascension de MONTGOLFIER dont descend mon autre grand-mère : 

(source : Heredis 2014)
Voici donc le petit mot de ce curé de l'Indre qui, sans le vouloir ni le savoir, fait le lien avec deux branches de ma généalogie : 

(source : Archives départementales de l'Indre - AC GG 012 - p. 148)
"En cette année Le tonnerre est Tombé Sur le clocher de 
notre Eglise y a Causé des degradations estimées cent
Livres ; De la S'etant divisé en plusieurs pareilles il a 
passé dans plusieurs appartements du presbitere et notamm[ent]
dans la chambre ou j'étais couché, Sans cepandant
ne me Causer aucun mal ni à mes domestiques. de ma 
chambre il filat dans la Salle dont il cassa le trumeau
et fracassat Entierement deux croisées Tout le domage fut
estimé cent cinquante Livres - L'annee fut assès bonne et 
abbondante En grain et En vin d assés bonne qualité
cette année parut la decouverte de L'aërostat ou ballon, elle fit
le sujet de la plaisanterie de Toutes les Sociétés. il ne manquat à 
Sa Célebrité, que l'apparence de L'utilité."
Il est étonnant de se rappeler que, pour la première fois de l'histoire, le 19 octobre 1783, l'homme volait dans les airs. On oublie souvent à quel point cette découverte fut ancienne. 

Claude-Louis DESRAIS, Ascension captive d'une montgolfière dans les jardins de la papèterie Réveillon, le 19 octobre 1783, XVIIIe siècle
(source : domaine public, via Wikimedia Commons)
 Cet événement fut en tout cas connu jusqu'à Issoudun et même si le commentaire du curé semble distant, voire ironique, il relie deux branches de mes recherches généalogiques !

Marcel GIRAUDON fusillé à Mussidan le 11 juin 1944

Pays/territoire : 24400 Mussidan, France
André MONORY + Élisabeth BAUDAT
|                                      |
Marie MANOURY          François MONORY
|                                      |
Frédéric GIRAUDON       Virginie MONORY
|                                      |
Auguste GIRAUDON     Pierre Marie Joseph FRÉMEAU
|                                      |
Marcel GIRAUDON       Mon grand-père
                                       |
                                        Ma mère
                                       |
                                       Moi

Parfois, la généalogie nous fait renouer avec les pires moments de l'Histoire. Et c'est parce que je cherche la descendance de tous mes ancêtres que j'ai été contacté par une personne faisant des recherches sur les fusillés de Mussidan (Dordogne). Cette personne, Madame Patricia CHIPPOUX, m'a envoyé l'acte de décès de Marcel GIRAUDON ainsi qu'une notice m'expliquant l'histoire de ce drame et la photo du monument aux morts. 

Monument aux morts des fusillés de Mussidan
(source : Résistance française)
Voici le texte qui m'a été envoyé retraçant les terribles événements de Mussidan qui ont eu lieu à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

(source : Patricia CHIPPOUX)
Et un reportage de France 3 Aquitaine du 11 juin 2014, soit 70 ans exactement après les événements, qui raconte ce qui s'est passé à l'époque. 



Quoi qu'il en soit, il est rare de se pencher sur cette histoire contemporaine pour d'autres personnes que nos propres aïeux. Marcel GIRAUDON faisait-il partie de la Résistance ? A-t-il été choisi par les Nazis à cause de son apparence ? Parce qu'il était au mauvais endroit au mauvais moment ? En tout cas, c'est avec effroi qu'on peut lire l'acte de décès dressé par l'adjoint au maire : le maire, lui, avait été exécuté avec les autres. Marcel GIRAUDON était un cousin au 4e degré de mon grand-père. 

(source : Archives municipales de Mussidan)

samedi 24 janvier 2015

Pierre DEBANNE en première page de La Croix

Pays/territoire : Issoudun, France
Je cherchais ce soir dans le formidable moteur de recherches de Geneanet des renseignements sur Pierre DEBANNE, clerc de notaire à Issoudun (Indre). Au lieu de cela, je suis tombé sur des renseignements sur un autre Pierre DEBANNE, cousin germain du premier, mais au milieu social beaucoup plus modeste, faisant partie de ces "invisibles" pour lesquels on peine à trouver autre chose que les dates de naissance, mariage et décès. 

Lien entre Pierre DEBANNE et ma grand-mère
(source : Heredis 2014)
Tout a commencé par un article dans le journal La Croix. Le nom de Debanne n'étant pas très courant, je me décide à jeter un oeil au cas où. 

(source : La Croix, n° 1822, 10 mai 1889, p. 1, via Gallica/BnF)
On peut dire qu'à l'époque, le journal affichait son orientation catholique d'une manière plutôt nette. Je suis en tout cas tombé sur un petit article indiquant une date de décès précise qui m'a permis de prouver que le Pierre DEBANNE dont il est question est bien un membre de ma famille (il est également précisé qu'il vit à Issoudun et tous les DEBANNE d'Issoudun descendent du même couple de mes ancêtres arrivés dans cette ville en 1704). 

(source : La Croix, n° 1822, 10 mai 1889, p. 1, via Gallica/BnF)
Comme on peut le voir, le journaliste semble affligé par le gouvernement de l'époque. Autres temps, mêmes problèmes ? En 1889, déjà, la presse libre n'hésitait pas à critiquer le gouvernement en place. On remarque donc la date de décès précise qui m'a permis de retrouver quel était le bon Pierre DEBANNE car il y en a quantité dans mon arbre. 

(source : Heredis 2014)
Il s'agit donc d'un vigneron, puis ouvrier brossier, puis apparemment emballeur. Parmi les résultats de recherche de Geneanet, j'ai également trouvé le Journal officiel où se trouve la décoration posthume qui amuse le journal. 


(source : *, Journal officiel de la république française, n° 120, 3 mai 1889, pp. 2049-2050, via Gallica/BnF)
C'est donc pour le centenaire de la Révolution française que le ministre du commerce, de l'industrie et ... des colonies, a décoré Pierre DEBANNE, sans d'abord vérifier qu'il était toujours vivant. Il aura donc reçu la médaille d'honneur du travail (bronze) deux ans après sa mort. J'étais en tout cas heureux de retrouver un petit bout d'information complémentaire sur un cousin ouvrier qui ne se serait peut-être jamais imaginé à la première page d'un journal. 

jeudi 22 janvier 2015

MONTANT-MAI, l'homme sans prénom

Pays/territoire : Issoudun, France
Étienne DEBANNE + Suzanne Julitte CHERTIER
|                                                   |
Marie DEBANNE                  Jean Étienne DEBANNE
|                                                   |
Julitte DENIS                Henri Clément DEBANNE
                                                    |
                                                  Henri DEBANNE
                                                    |
                                                  Ma grand-mère
                                                    |
                                                    Ma mère
                                                    |
                                                     Moi

Je n'ai pas d'enfant trouvé parmi mes ancêtres. Mais certains collatéraux ont épousé des enfants trouvés. En faisant des recherches autour de la vie de Julitte DENIS (c'est bien Julitte et non Juliette, ce prénom est traditionnel dans la famille DEBANNE qui a vécu près de la paroisse Saint-Cyr à Issoudun, Sainte-Julitte étant la mère de Saint-Cyr), je me suis retrouvé dans la même situation complexe que Clément Bècle dans son récent article sur son ancêtre Mathieu dit Bonnel

Je m'explique : Julitte DENIS est la fille du vigneron Claude DENIS et de Marie DEBANNE. Elle se marie le 8 janvier 1840 à Issoudun (Indre) avec Germain ROCHETON, un autre vigneron. Il meurt en 1844 en lui laissant une fille : Anne. 

Elle se remarie donc une seconde fois avec ... Montant MAI, le 19 janvier 1846 à Issoudun. 

(source : Archives départementales de l'Indre - 3 E 088/291-292 - p. 15)
"...Sieur Montant-Mai, âgé de vingt huit ans, 

journalier, libéré du Service militaire par congé
définitif à lui délivré à Chateauroux, chef-lieu de ce 
département, le trente un décembre mil huit cen t
quarante quatre, né en la ville de Chateauroux, le 
dix sept mai, mil huit cent dix sept, domicilié en cette
commune depuis plusieurs années, au lieu de la 
Guignarderie, fils majeur et naturel de père et 
mère Inconnus, D'une Part ; 
Et Julitte Denis, âgée de vingt neuf ans, 
veuve du Sr Germain Rocheton, décédé ..."
Je suis au départ étonné par ce prénom de Montant, mais connaissant l'humour noir ou le goût incertain des officiers d'état-civil d'autrefois pour les enfants trouvés, je me dis que tout est possible. Je vais donc, comme je le fais pour chaque personne de mon arbre, vérifier son acte de naissance à Châteauroux (Indre). 


(source : Archives départementales de l'Indre - 3 E 044/078 - p. 65)
"Aujourdhui dix sept mai mil huit cent dix Sept, à trois heures 

du Soir, Est comparu au Bureau de l’Etat civil de la Mairie de cette
ville, et pardevant nous philippe joseph Basset, adjoint, dèlégué par
le maire, madame olimpiade Villardry, Econôme de l’hospice civil
Et militaire de cette Ville, assistée de messieurs jean Baptiste-Silvain
pelletier +, administrateurs dudit, laquelle nous a prèsenté un enfant, 
qu’elle a declaré avoir trouvé cejourd’hui Environ cinq heures du 
matin, dans le Bureau dudit hospice, nous adjoint susdit
Et Soussigné, après avoir visité l’enfant, nous avons reconnu
quil Etoit du Sexe masculin naissant, portant Sur Sa tête, un 
mouchoir d’indienne à carraux rouges, blancs et bleux qui lui Sert de […]
une cayenne d’indienne fond blanc rayée de bleux et de rouges, garnie de blonde
noire, une chemise de Brassiere de toile Commune, une Bourasse de Drap bleu, le tout 
très mauvais, en conséquence avons donné à l’enfant, les noms de Montant
Mai, et ordonné quil fut rémis à l’hospice, de quoi nous avons dressé procès
verbal, pour Etre transcrit Sur les registres courant des naissances, Laquelle
declarante et témoins ont Signé avec nous, après lecture faite + et Barthelemy
guillaume Boiry / approuvé le renvoi pour Valoir. "
Après la lecture de l'acte, j'ai déduis que son prénom était Montant et que son nom de famille était MAI. C'est alors que j'ai trouvé l'acte de naissance de son premier enfant avec Julitte DENIS en 1847. 
(source : Archives départementales de l'Indre - 3 E 088/293-295 - p. 48)
Il est dit fils de Montant-Mai et de Julitte DENIS. La présence d'un trait d'union, et surtout la mention marginale d'Etienne Philippe Montant-Mai me fait penser que MONTANT-MAI est donc un nom de famille. Ce qui veut dire que le second mari de Julitte DENIS n'a pas de prénom. Comment cela est-il possible ? On pouvait, il y a 150 ans, ne pas avoir de prénom ? Comment Julitte DENIS appelait-elle son époux ? Montant-Mai ?  

(source : Heredis 2014)
À défaut d'une meilleure solution, j'ai donc donné "?" comme prénom et "MONTANT-MAI" comme nom de famille au second époux de Julitte DENIS. Et vous, avez-vous déjà rencontré le cas d'une personne officiellement sans prénom ?

mardi 6 janvier 2015

Les dispenses de bans de Jean DEBANNE et Marie BELLENFANT

Pays/territoire : Issoudun, France
Étienne DEBANNE + Suzanne Julitte CHERTIER
|                                                  |
Jean DEBANNE                  Jean Étienne DEBANNE
                                                   | 
                                                Henri Clément DEBANNE
                                                  |
                                               Henri dit Eugène DEBANNE
                                                  |
                                                   Ma grand-mère
                                                  |
                                                  Ma mère
                                                  |
                                                 Moi

En consultant l'acte de mariage de mon "oncle" Jean DEBANNE avec Marie BELLENFANT, en 1815 à Issoudun (Indre), je suis tombé sur un certain nombre de renseignements que j'ai voulu élucider et d'autres qui sont intéressants pour effectuer la ligne de vie de nos ancêtres. Tout d'abord, un renseignement qui concerne la mère de l'époux, mon ancêtre Suzanne Julitte CHERTIER qui n'a pas pu assister au mariage.

(source : Archives départementales de l'Indre - 3 E 088/166-168 - p. 438)
"... la mère du futur
retenüe en sa maison pour cause de maladie, 
consentant également, suivant le dire de son 
mari ..."
La pauvre est malade et ne peut pas assister au mariage de son fils. Fort heureusement, la maladie ne sera pas mortelle puisqu'elle décède 37 ans plus tard. Le second renseignement concerne le marié : 

(source : Archives départementales de l'Indre - 3 E 088/166-168 - p. 438)
"Jean Debanne, âgé de vingt ans, conscrit
de l'an mil huit cent quatorze, de cette ville, 
n'aïant été dirigé sur aucun corps de l'armée, 
suivant le certificat délivré le huit du présent
mois à châteauroux chef lieu de ce départe=
=ment, par Monsieur Mallarmé, Préfet ; 
vigneron ..."
 Il est possible que Jean DEBANNE soit prêt à partir au service militaire, ce qui expliquerait la dispense de bans qu'ont obtenu les époux.


(source : Archives départementales de l'Indre - 3 E 088/166-168 - pp. 438-439)
" ... aïant obtenu
Dispense de la deuxième publication de Monsieur
Daussigny, substitut du Procureur impérial
près le tribunal de première instance de 
l'arrondissement D'issoudun séant en cette ville
Le jourd'hier, d'après l'article trois de l'arrêté du 
Gouvernement du vingt Prairial an onze et 
de celui cent soixante neuf du dit code."
Nous sommes sous le Premier Empire. La France se dote de nombreuses lois et devient une organisation administrative redoutable pour tenter de régir la nouvelle société qui est en train de naître. Je voulais en savoir plus sur les deux textes de lois qui ont appelé la dispense de bans de nos deux époux. Voici dont le contenu de l'article 3 de l'arrêté du gouvernement du 20 prairial an XI.


JOUANNEAU, L. C. et SOLON, Discussions du code Napoléon dans le conseil d'état, t. III, Paris, Demonville, 1808, pp. 513-514
(source : Google Books)
Et voici l'article 169 du Code Napoléon qui a donné lieu à la fameuse dispense : 


Jean-Bonaventure-Charles PICOT, Code Napoléon expliqué article par article d'après la doctrine et la jurisprudence, t. I, Paris, J.-H. Michou, 1868,  pp. 96-97
(source : Gallica/BnF)
Il est donc fort probable que notre jeune époux, voulant se marier avant de partir faire son service militaire, ait obtenu cette dispense de bans afin de pouvoir avancer la date du mariage. Il est en tout cas très intéressant de se plonger dans les articles de loi de l'époque cités dans ces actes et dont on ne connaît pas toujours la signification.

lundi 5 janvier 2015

Amédée Joseph Marie MESLAY marié dans mon église il y a 165 ans

Pays/territoire : Paris, France
Joseph MESLAY + Amédée FAULTRIER
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Amédée Joseph Marie MESLAY     Henry MESLAY
                                           |
                                                    Henry Charles Joseph MESLAY
                                           |
                                                     Robert Eugène Henri MESLAY
                                           |
                                             Ma grand-mère

Aujourd'hui, je suis allé aux archives de Paris pour chercher l'acte de mariage de l'arrière-arrière-grand-oncle de ma grand-mère, Amédée Joseph Marie MESLAY, procureur, juge d'instruction puis vice-président du tribunal du Havre (Seine-Maritime), chevalier de la Légion d'honneur avec Zélie Joséphine Aimée PIÉRON, fille d'un avocat d'Arras (Pas-de-Calais). Le mariage a eu lieu le 18 novembre 1850. 

Armes des Meslay : de sable, à la bande d'or, chargée d'une meule de moulin de gueules
(source : dessin personnel d'après l'Armorial général de France de Charles-René d'HOZIER)

Les archives de Paris ont brûlé, mais lorsque leur fils Amédée Hubert Joseph MESLAY épouse en 1880 Sarah Julie Marie CUMMING, fille d'un ingénieur d'Orléans, il doit prouver que ses parents étaient mariés et fait rétablir un acte de mariage. Cet acte a été effectué grâce à l'acte de mariage religieux qui, lui, n'avait pas pris feu avec l'Hôtel-de-Ville de Paris en 1871. Et quelle n'a pas été ma surprise en voyant le nom de la paroisse où a eu lieu le mariage !

(source : Archives de Paris - 5 Mi 1/2206)
Ils se sont mariés dans la paroisse Saint-Laurent qui est mon église depuis bientôt 10 ans à Paris ! En 1850, l'église Saint-Laurent ressemblait déjà fortement à l'église actuelle d'après cette photographie prise entre 1853 et 1870.

Charles MARVILLE, Église Saint-Laurent, vers 1853-1870
(source : domaine public, via Wikimedia Commons)
Les témoins ne sont malheureusement pas nommés, mais je sais qu'ils ont été mariés par le premier vicaire, l'abbé BRUYÈRE. Comme quoi, en généalogie, le destin nous fait toujours revenir aux mêmes endroits, qu'on le veuille ou non !

samedi 3 janvier 2015

Le sous-lieutenant CHOTARD, notre colonel Chabert

Pays/territoire : Sébastopol
Joseph CHOTARD + Rose JAMIN
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Alphonse Charles CHOTARD         Joseph CHOTARD
                                    |
                                         Victorine Ernestine BOURSIER
                                    |
                                        Berthe Louise Stéphanie GRELOT
                                    |
                                    Mon grand-père
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                                     Ma mère
                                    |
                                     Moi

Nous sommes en 1856, à la mairie du Mans, et on amène à Jules Louis LE BÊLE, adjoint au maire, un acte de disparition. Dans la famille CHOTARD, le fils aîné Joseph, docteur en médecine, vient de se marier à Mayet (Sarthe) avec Émilia BOUTTEVIN. On imagine la tristesse des parents lorsqu'ils ont reçu cet acte en provenance de Crimée.


(source : Archives départementales de la Sarthe - 5Mi 191_326-328 - pp. 121-122)
Du vingt cinq septembre mil huit cent cinquante six, une heure du soir, nous Jules Louis Le Bêle, adjoint, faisant par empêchement de Mr le Maire les fonctions d’officier de l’Etat civil de la ville du Mans, En Conformité de l’article 98 du Code Napoléon, avons transcrit sur ce registre l’acte de disparition dont la teneur suit : « Armée d’Orient, sixième régiment de ligne, extrait d’acte de disparition, cejourd’hui vingt cinq mars mil-huit cent cinquante six, à deux heures de l’après midi, au Camp de Tramir, (Crimée) devant nous Jean Dubois officier payeur au sixième de ligne, sont Comparus : Monsieur Beaugeois Constantin victor, lieutenant agé de vingt six ans, Jean Séguinot, sergent, agé de vingt six ans, Tête Jacques, sergent, agé de vingt neuf ans, tous trois en activité de service audit régiment, lesquels nous ont déclaré 1° que le sept Juin mil huit cent cinquante cinq ils assistaient au combat livré contre la place de sébastopol et qui a eu pour résultat la prise du Mamelonvert, 2° que Monsieur Chotard Alphonse Charles, sous lieutenant au même régiment, qui était présent à sa compagnie au moment où elle a été lancée a disparu pendant le Combat et que les recherches pour le retrouver ont été infructueuses ; ce qui autorise à croire qu’ayant été blessé grièvement son corps est resté au pouvoir de l’ennemi. (on dit que plus tard il est mort dans un hopital de sébastopol par suite de blessure reçue dans ce combat).Monsieur Chotard sous lieutenant qui avant son entrée au service habitait la Commune du Mans, Canton du dit, département de la sarthe, était fils de Joseph et de Rose Jamin domiciliés au Mans, canton du dit, département de la sarthe, il était né le huit février mil huit cent trente quatre au Mans, Canton du dit, département de la sarthe de tout quoi nous avons dressé le présent acte qui a été signé par nous et les trois témoins, le Jour mois et an que dessus, signé Beaugeois, Séguin Tête, Dubois officier payeur. pour extrait conforme au camp de Traktir le vingt cinq mars mil huit cent cinquante six : l’officier payeur signé Dubois. vu pour légalisation de la signature de Monsieur Dubois officier payeur apposée ci dessus : au Camp de Traktir le vingt cinq mars mil huit cent cinquante six. le président du Conseil d’administration eventuel. signature illisible et scellé : vu par nous sous intendant militaire d’office. signature illisible et scellé. Dont acte que nous avons signé./.
En 1854-1855, c'est le siège de Sébastopol (Crimée). Nous sommes sous le Second Empire, et la France de Napoléon III alliée au Royaume-Uni de la Reine Victoria, l'empire Ottoman d'Abdülmecid Ier et le royaume de Sardaigne de Victor-Emmanuel II de Savoie sont coalisés dans une guerre contre l'empereur de Russie Nicolas Ier. 

Franz Aleïevitch ROUBAUD, Le siège de Sébastopol (détail), 1904
(source : domaine public, via Wikimedia Commons)
Devant l'officier payeur Jean DUBOIS, comparaissent Constantin Victor BEAUGEOIS, lieutenant, Jean SÉGUINOT, sergent, et Jacques TÊTE, sergent, tous trois au 6e régiment de ligne dans l'armée d'Orient. Il viennent signaler qu'on ne retrouve pas Alphonse Charles CHOTARD et qu'on raconte qu'il est mort dans un hôpital de Sébastopol aux mains des ennemis. On se souvient du nom des ses parents, de sa commune de résidence et de ses lieux et dates de naissance, probablement mentionnés dans son livret militaire. Cette déclaration va traverser l'Europe de coursier en coursier pour atterrir dans la mairie du Mans.

Migrations d'Alphonse Charles CHOTARD
(source : Heredis 2014)
Voilà encore une fois comment par la petite histoire, on réapprend la grande histoire. Quand on trouve l'acte de naissance du fils d'un boisselier manceau, on n'imagine pas qu'on va le retrouver mort en Crimée, sous-lieutenant de l'armée de Napoléon III.