vendredi 1 mars 2013

Vérifier les nobiliaires, l'exemple de Jean Gaspard de Bastard de la Rolle


Dans mon récent article sur Jean de la Loë, j'ai parlé brièvement de son beau-père, Guillaume de Bastard, qui s'occupe de la vente par le roi Charles VII de la Ferme du Treizième du Vin. Descendant donc de cette famille de Bastard (qui doit son patronyme a des origines remontant à un bâtard d'un comte de Nantes, issu des ducs de Bretagne), j'ai remonté sa généalogie grâce au merveilleux livre écrit par Jean de Bastard, comte d'Estang : Généalogie de la Maison de Bastard.

Jean de Bastard, comte d'Estang (source : Généalogie de la Maison de Bastard, par Jean de Bastard, via Google Books)
Ce genre de livres généalogiques écrits par un membre de la famille et donc centrés sur une seule famille, sont généralement beaucoup plus fiables que les nobiliaires généralistes écrits au XIXe siècle du type du Dictionnaire de la Noblesse de La Chesnaye-Desbois qui contient beaucoup d'erreurs. J'ai tendance à préférer ces généalogies familiales écrites, ainsi que celles dressées par les généalogistes royaux tels le Père Anselme, pour faire mes recherches sur les branches nobles de la famille.

Même si généralement de tels livres ont été écrits avec soin suite à l'étude des cartulaires, testaments et autres documents anciens qui permettent de remonter les généalogies nobles avant l'édit de Villers-Cotterêts, j'aime bien vérifier, quand je le peux, les informations qu'ils contiennent.

Dans le cas de la famille de Bastard, dont je m'amuse à descendre les différents rameaux pour voir ce que sont devenus nos cousins, je suis tombé sur Jean Gaspard de Bastard de la Rolle. Voyons ce que notre auteur dit de lui :


(source : Généalogie de la Maison de Bastard, par Jean de Bastard, p. 68-69, via Google Books)
La ville de Fleurance où vit cette branche de la famille de Bastard se situe dans le Gers, département dont les archives ne sont toujours pas en ligne. Je ne peux donc pas vérifier ces informations concernant ce personnage qui semble avoir côtoyé Louis XVI et Marie-Antoinette. Mais je peux vérifier s'il a bel et bien obtenu le grade d'officier de la légion d'honneur sur le désormais célèbre site des Archives Nationales : Leonor.

Dans son dossier de légion d'honneur que je trouve vite, classé aux archives de Paris sous la notice L0132012, je trouve une copie de son acte de baptême :

(source : Archives Nationales - LH/132/12 - p. 2)
"L'an mil sept cent soixante quatre et le vingt huit du mois de mars a été Baptisé par moi curé soussigné, jean gaspard Bastard, fils à Messire jean Gaspard Bastard subdegué de Mr L'intendant D'auch et dame Bonnaventure francoise dubary de Colomé né de legitime mariage né de la veille : parain Messire jean Gaspard Bastard Chanoine chantre et vicaire général de lectoure absent et a tenu pour lui messire antoine Bastard Conseiller du roy et son receveur en L'election de lomagne, presens Pierre Derrey et Pierre Moulié qui n'ont scu signer Mellis curé Bastard larrey ainsi signé ..."
La date et le nom des parents correspondent. On voit que le curé oublie de mentionner la marraine de l'enfant, et que l'emploi de la particule pour cette famille n'était toujours pas, comme dans les anciens temps, systématique et qu'il s'agit probablement d'un péché d'orgueil de l'auteur de l'avoir ajoutée à beaucoup des membres de la famille. Rappelons, à toutes fins utiles, que noblesse et particule n'ont absolument aucun lien et que beaucoup de familles titrées n'avaient pas de nom de famille à particule.

En plus d'une lettre comptant ses états de services dans les Gardes du Corps du Roi, et d'une autre attestant de sa réception au grade d'officier dans l'ordre de la légion d'honneur, nous trouvons ce procès verbal d'individualité :

(source : Archives Nationales - LH/132/12 - p. 3)
"Cejourd'hui douze Juin mil huit cent Seize par-devant nous maire du Septieme arrondissement municipal de la ville de paris
Sont comparus MM. Jean Jacques leopold Adam Perruquier Patenté rue du temple n°24 et françois hohl Cordonnier léonard Schmitt Perruquier Patenté même demeure quartier du mont de piété que nous déclarons bien connaître ;
Lesquels ont certifié et attesté pour notoriété à tous qu'il appartiendra, qu'ils connaissent parfaitement M. Bastard (Jean-Gaspard) Lie.nt Colonel Retraité de Cap.ne nommé officier de l'Ordre royal de la Légion d'honneur, le seize may 1816 et sous le n° d'ordre
Ainsi qu'il résulte, de la lettre du Grand Chancellier en datte du 27 may 1816
1° Du Certificat du marechal duc de Tarente de Membre de l'Ordre royal de la Légion ;
2° De son acte de naissance ; né le 27 mars 1764, a fleurance Département du Gers
3° De l'état de ses services : en qualité de Brigadier des Gardes du corps du Roy Compagnie de Gramont 31 ans de Service ainsi qu'il résulte d'un extrait du controle de la dite compagnie en date du trente aout 1816
lesquelles Trois pièces par nous paraphées demeurent annexées au présent.
Et qu'il a été inexactement désigné sur la lettre du Gd. Chambellan de l'Ordre royal de la Légion d'honneur, sous les noms et prénoms de De Bastard Seulement, sans prénoms, au lieu de Jean Gaspard, qui sont ses vrais prénoms, et qu'il a été bien désigné sur l'état de ses services, ses nom et prénoms devant être, d'après son acte de naissance, écrits ainsi sur les nouveaux registres de matricules et listes officielles.
Nom Bastard Prénoms Jean Gaspard
Explication Sommaire
Jean Gaspard Bastard
En foi de quoi nous avons délivré le présent, qu'il a signé avec nous.
Fait à Paris le Douze juin 1816."
Dure vie pour la noblesse avec l'apparition de l'état civil, où Jean Gaspard de Bastard de la Rolle dit "le chevalier de Bastard" devient simplement Jean Gaspard Bastard. On y voit également que l'ordre de la légion d'honneur fut récupéré par la monarchie de la Restauration. Malgré cette modification d'état civil, notre chevalier continua de signer sous son nom d'usage :

(source : Archives Nationales - LH/132/12 - p. 3)
Merci en tout cas aux Archives Nationale de mettre en ligne ces dossiers de Légion d'Honneur que je ne me lasse jamais de consulter tant ils sont remplis d'anecdotes qui donnent du coeur aux membres disparus de nos familles. Et j'ai maintenant un peu plus d'assurance que ce que raconte le comte d'Estang dans son livre est vrai tant toutes les informations concordent.

Conclusion, ne recopiez pas bêtement les nobiliaires (ou les généalogies des autres) : vérifiez !