mercredi 21 février 2018

Les cahiers de doléances à Vitrac-Saint-Vincent

Le 24 janvier 1789, Louis XVI convoque les états généraux et demande donc aux représentants du Tiers-État de donner leur avis à travers des cahiers de doléances. L'exemple de Vitrac-Saint-Vincent (Charente) est parlant car il montre comment une petite paroisse du fin fond de la Charente s'est emparée de ce sujet. On voit aussi que les représentants du "peuple" sont surtout des représentants des notables. Aucun journalier illettré dans l'assemblée qui a lieu à Vitrac le 6 mars 1789, comme nous allons le voir. 

(source : Archives départementales de la Charente - AD 86 C 865 vue 2/2)
Sont assemblés au son des cloches de l'église Saint-Maixent de Vitrac auprès de Jean DEPRECIGOU, notaire royal et juge sénéchal de la châtellenie de Vitrac, de maître Isaac PELLETAN, notaire, procureur et receveur des domaines, de Léonard POUMEAU, greffier, et de sieur François DEPREVEUX, bourgeois, les habitants suivants (représentant une paroisse de 200 feux) selon l'orthographe de l'acte : 
  • Charles MENU, sieur de Latoune, avocat à la Cour
  • sieur Pierre BERNARD, bourgeois
  • Jean RIFAUD, sieur de la Jourdaine
  • Pierre VEYRET, sieur de Cheliot (mon ancêtre)
  • Jean DEPRECIGOU, huissier royal
  • Jacques MASSAT
  • Pierre CROUZY
  • Michel DEMANNE
  • Pierre MICHELLET, meunier
  • Jean MADIGOU, laboureur
  • Léonard de la BRUGIÈRE (beau-frère d'un ancêtre)
  • Jean SAULNIER (époux en seconde noces d'une ancêtre)
  • Jean DESFORGES
  • Léonard DEVAUD (mon ancêtre)
  • Pierre DESBORDE l'aîné
  • François CHARBAUX
  • Jean CHARBAUX
  • Pierre VEYRET, notaire royal (cousin)
  • Jean ANDRÉ
  • sieur Antoine GUERY, bourgeois
  • Jean ROBY, sergent

Tout d'abord, il est amusant de voir que cinq représentants de la paroisse sont de ma famille. Ils furent sélectionnés car "tous né françois et naturalisés agés de vingt Cinq ans Compris dans les Roles Des Impositions, Et habitans De la présenté paroisse De vitrac".

(source : Heredis 2018)
On voit dans cet arbre que Léonard DEVAUD et Léonard LABREGERE (de la BRUGIERE dans l'acte, comme nommé avant la Révolution) sont beaux-frères. 

(source : Heredis 2018)
Pierre VEYRET est le grand-père d'Élisabeth BOULESTEIX, elle-même femme de Léonard DEVAUD nommé plus haut. L'autre Pierre VEYRET, notaire royal, est probablement un de ses enfants (a priori ils sont la seule branche de VEYRET à vivre à Vitrac, mais je n'ai pas encore reconstitué toute cette famille). 

Jack ma. (2010, 22 mai). église de Vitrac-St-Vincent, Charente, France [photographie]. Repéré à https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Vitracsv_eg1.JPG
(licence : CC BY-SA 3.0)
Toutes ces personnes assemblées au son des cloches de l'église Saint-Maixent de Vitrac ont pour mission d'élire leurs députés qui iront devant le lieutenant général de Civray (Vienne) pour porter les doléances de la paroisse. Ce sont Isaac PELLETAN et Pierre VEYRET, notaire royal, qui seront donc élus députés de Vitrac et ont "Tout pouvoir Requis Et necessaire a leffet De les Representer En laditte assemblée pour Toutes Les operations prescrites par L'ordonnance Susditte de Mondit Sieur Le Lieutenant général De Civray ; Comme aussy de Donner pouvoir generaux Et Se fesant De proposer Remontrer aviser Et Consanter Tout ce qui peu Conserver Les Besoins Doblat, La Reforme Des abûs L'établissement D'un ordre fixe et durable Dans Toutes Les parties De l'administration La properité général du Royaume Et le Bien de tous Et de Chacun Des sujets de sa majesté"... Vaste programme ! 

On voit bien qu'il s'agit plus d'une assemblée de notables qu'une assemblée du peuple, mais on peut imaginer l'agitation qu'un tel événement historique qui a touché toutes les paroisses de France a pu provoquer. 

(source : Archives départementales de la Charente - AD 86 C 865 vue 1/4)
"Très humble Supplique Et Remontrance de
La paroisse De vitrac aux êtats généraux ordonnés
par Sa majesté Le vingt Sept avril mil Sept
Cens quatre vingt neuf, Les habitants, ont
L'honneur D'observer quils ont Jouit De
L'exécution De la grande Taille jusque En l'année
mil Sept Cens quatre vingt Sept, qu'ils
furent Imposés ; Et Ils payoient ..."
On sent comme une crainte à adresser des remontrances et l'envie de montrer qu'ils sont des sujets exemplaires qui payent leur impôt. Ils rappellent le privilège accordé à la paroisse par le roi Jean en 1354, ce qui rappelle que chaque lieu de France vivait selon un droit coutumier particulier dans un véritable mille-feuille d'exceptions. Suit un portrait de la commune : "Celle qui est en Culture ne produit que très peu, En Ce que Chaque Boisseau De Semence ne donne que de Trois ; vu Et Encore que la nature qu'il produit n'est pas Des meilleure Il ce Ramasse quelques Chataignes", "les Devoirs Seigneuriaux Y Sont Très Chers y ayant Beaucoup De terrain Dont Le Revenu ne peu Sufire pour payer La Rente, Raison qui Les Engages a dire que Sils Sont Continués a être Imposés ; Comme Ils Le Lont été, En mil Sept Cens quatre vingt Sept Et mil Sept Cens quatre vingt huit, Ils Se trouvera parmis Leur Communaute qui Seront obligés D'abandonner Leurs possessions au profit Des Seigneurs, moyenant Leur Rente", "Ils observent quils ne Connaissent Rien De plus a propos pour Le Soulagement général que De Trouver un moyen pour que Chaque Individu aye une Taxe Egalle Et proportionnée Sans quil y aye aucun êgard aux privilege de la noblesse ou Du Clergé" (quelle modernité ! on voit que les idées des Lumières atteignent jusqu'aux villages de Charente). Voici donc les doléances des paroissiens de Vitrac (dans l'orthographe d'époque) : 

  1.  que Les Deputés Du tier Etat, aux Etats generaux Soient Choisis parmis cet ordre
  2. que Le Choix D'Iceux ne Soit fait que par Son ordre, pour que Les Sufrages Soient plus Libres
  3. que Lors De la Tenue des Etats generaux ils tiennent Leurs Deliberations à part ; pour que Les deux premiers ordre nayent aucunes influance, ce qu'ils Tentent Et Tenteronts Toûjour
  4. qu'il ne Soufrent point qu'on vôte, par ordre, mais Seulement par Têtée, Et qu'ils Concluent, à une Tenue Des Etats généraux, Tous Les Cinq ans
  5. qu'ils ne Socupent De la partie Des finances, qu'apres avoir absolument Terminé L'abolission De tous Les privileges De Messieurs Les gentilshommes, Et du Clergé, Et avoir faites Entrer ces Deux ordres Dans Letat De Citoyen pour Etre Interessés a la prosperité Et Soutient Commun de la liberté
  6. qu'ils Reforment Les Loix ou au moins Les Eclaircissent De maniere que le Commentateur En voulant Les Rendre facilles, ne Les Rende pas Contradictoire, Il Seroit même a Soûhaiter Sil Est possible qu'il ny En Eû qu'une Seule, Dans Toute Letendue Du Royaume
  7. qu'on Refonde En Entier Toutes La procedure, Et quon La Simplifie autant que faire ce poura
  8. quon Suprime Toutes Les Justices Subalternes
  9. qu'en Leur Lieu et place Les paroissiens ce nomment un Juge De paix Tribunal qui Sera Choisit Dans La Classe Des Sitoyens Les plus Eclairés Et Reconnus avoir plus De probité, qu'il Sera Cependant Libre de Renouveller ou Continuer Tous Les Trois ans ; 
  10. que Toutes Les vingt paroisses, il y aye De petites Senechaussées
  11. que Les officiers Du Baliage Soient même Choisis par Les Etats Du Baliage Tous Les Cinq ans ; Et Jugeronts Sur Toute Sorte De matiere, ne Seront Tenus De payer aucunes finance ny frais De Reception ; qu'au moyen De Cette Creation on Suprime Tous Les autres Sieges Et que Connetablie, maitrise, Ellection ; Bureau des finances, qu'en a la Cassation des Sentences, Des Baliages La Connoissance En Soit Seulement Reservée aux parlements
  12. qu'on Suprime En Entier Dans L'Interieur Du Royaume Tous Les Commis De gabelle, Doûanne, Trelle ; Et autres
  13. qu'il ny aye qu'un Seul Et même Impots Sur un même Rôle, 
  14. que dans Chaque paroisse, L'on y Etablisse D'eux Ellus ou un Commissaire qui Sera Chargé d veiller Tous Les mois a la perception De Cet Impots, qu'il fera passer Directement à un Receveur provincial Etably a Cet effet ; qui Le portera Dans Le Tresord De Sa majesté, 
  15. quil y aye un Tarif fixe Du Controlle Et de franc fief permanant Dont La Recepte Soit Confiée aux Receveurs des provinces, avec apointement fixe
  16. Le Reintegrement Du Tier êtat dans Toutes Les Charges honorables De lêtat
  17. qu'il Soit Seulement Reservé à L'intendant de mêtre Cette Execution Les ordres Et Reglement De Sa majesté 
  18. Le Renbourcement de toute Les Charges fiscalles
  19. que il ne Sera fait aucuns Enprunts ny àlienations Sans Le Consentement Des Etats généraux assemblés
  20. qu'il Seroit Interessant à Chaque Communauté De faire La Repartission De Ses Impositions ; Comme De trouver un moyen à faire Rentrer Les fonds Dans La forme La moin dispendieuse
On voit que la plupart des demandes concernent plus d'égalité entre les ordre, l'égal accès aux fonctions et charges, une simplification de l'organisation des provinces et moins d'impôts. Ce serait presque d'actualité ! 

lundi 19 février 2018

Claude BARACHER trouve un enfant

Claude BARACHER
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Marie BARACHER
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Claude FREMEAU
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Marc FROMEAU
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Jean FRÉMEAU
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Pierre FRÉMEAU
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Pierre Marie Joseph FRÉMEAU
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Mon grand-père

J'ai trouvé un acte assez insolite qui m'a apporté une information intéressante pour ma généalogie. Le 26 avril 1761, Claude BARACHER trouve un enfant. Connait-il les parents mais accepte-t-il de dissimuler leur identité ou bien a-t-il trouvé cet enfant devant sa porte ? Toujours est-il qu'il va voir le curé FAUVRE pour le faire baptiser. 

(source : Archives départementales du Cher - 3E 856 vue 129/271)
Lan mil sept cent soixante un Le vingt six avril est né et a ete baptise par moy Curé Soussigné claude né d’un pere et d’unemere inconnus presenté par claude Baracher Labr demeurant a Courteile et par jeanne desseau femme de claude galicaultdemeurant a Courteile a Ete Le parain claude Baracher Lamaraine jeanne desseau qui ont decalré ne sçavoir signer de ce interpellés
Ce dernier écrit dans la marge "Bap. D'un Enfant inconnû" bien que cet enfant ait un prénom : Claude, comme son parrain. Reste à savoir si cet enfant a été élevé par son parrain ou sa marraine de fortune ou s'il a été mis à l'orphelinat. Mais une autre détail est très intéressant dans cet acte. Il me permet de localiser Claude BARACHER pour la première fois. Il habite au lieu de Corteuil à Villecelin (Cher). 

(source : Portail IGN)
Comme on le voit bien sur la carte de Cassini, Corteuil (ici écrit Courteuil en plein milieu de la carte) se situe exactement au milieu de Saint-Baudel, Villecelin, Montlouis, Venesmes et Châteauneuf-sur-Cher. Bien que situé officiellement sur la commune de Villecelin, il était en fait frontalier avec toutes ces communes, ce qui explique pourquoi les FRÉMEAU de la génération suivante (les petits-enfants de Claude BARACHER) n'arrêtent pas de naviguer d'une commune à l'autre. Il suffisait de traverser un champ pour se retrouver dans une autre commune ! Cet acte insolite m'a donc apporté bien des explications et il est encore une fois bien utile de localiser les lieux de vie de ses ancêtres pour comprendre certaines choses. 

dimanche 18 février 2018

La sépulture de Catherine d'ARLOT de FRUGIE trouvée par hasard

Catherine d'ARLOT de FRUGIE
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Madeleine CHEVALIER
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Jean VEYRET de CHELIOT
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Pierre VEYRET
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Catherine VEYRET
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Élisabeth BOULESTEIX
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Jean DESVEAUX
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Pierre DESVEAUX
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Baptiste DESVEAUX
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Mon grand-père

La généalogie est souvent affaire de sérendipité (trouver les choses par hasard). En effet, aujourd'hui, je décidais de varier un peu ma méthode et de remonter à mon plus lointain ancêtre DESVEAUX pour essayer de retrouver tous ses descendants. J'étais donc en train de parcourir page à page le plus vieux registre numérisé à ce jour de Vitrac-Saint-Vincent (commençant en 1737) et je venais de trouver la sépulture de Marguerite DEVOS, fille de mes ancêtres Pierre DEVOS et Radegonde JUGE, lorsqu'en tournant la page, un nom a attiré mon attention. Il était mal orthographié, c'est pour ça que je n'ai pas tout de suite réalisé qu'il s'agissait bien d'une ancêtre (sosa 2099) dont j'ignorais totalement qu'elle était décédée à Vitrac-Saint-Vincent (Charente) ! 

(Source : Archives départementales de la Charente - 3 E 455/1 vue 40/481)
le 9 du meme mois et an que desus a este enterree dans leglise mademoiselle catherine de frugis decedee a cogulet jeuve de jeanle chevalier escuyer sieur du fayant agee de soixante et huit ans apres avoir eu recu les secours de leglise enterree en presence des sousignes
Cette famille était plutôt de Cherves-Châtelars (Charente), mais Cogulet est situé tout au nord de la commune de Vitrac-Saint-Vincent et finalement beaucoup plus près de Cherves-Châtelars.

(source : Portail IGN)
Catherine d'ARLOT de FRUGIE (qui se faisait appeler Madame de La Chevalerie) était donc née vers 1671, ce qui veut dire qu'elle n'avait que 13 ans lors de son mariage, aux alentours de 1684 avec Jean LE CHEVALIER ! Voici une brève notice à son sujet dans une généalogie de la famille présente sur Gallica. 

Saint-Saud (de), A. (1898). Recherches sur le Périgord et ses familles (tome III). Bergerac : J. Castanet, p. 155.
(source : Gallica/BnF)
Inutile de dire que je n'aurais jamais cherché (et encore moins trouvé) la sépulture de cette ancêtre dans les registres de Vitrac-Saint-Vincent. Comme quoi, ratisser les registres de manière exhaustive peut avoir du bon ! Ce qui est amusant, c'est que les d'ARLOT de FRUGIE et les DESVEAUX se côtoient dans les registres alors que leurs familles allaient s'allier six générations plus tard. 

vendredi 16 février 2018

Jugement de rectification pour Marc Auguste, Rose Pauline et Henri de MONTGOLFIER

Jean Raymond de MONTGOLFIER
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Rose Pauline de MONTGOLFIER
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Marc AYNARD
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Hélène Zoé Marcelle AYNARD
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Ma grand-mère

(source : Archives départementales de la Côte-d'Or - FRAD021EC 388/002 vue 657/828)
Aujourd'hui, en observant la mention marginale de l'acte de naissance de Rose Pauline de MONTGOLFIER, je me suis dit que j'allais vérifier si la transcription du jugement de rectification rendu à Semur-en-Auxois (Côte-d'Or) n'était pas dans les registres de Marmagne (Côte-d'Or) en 1869 comme cela était habituel au XIXe siècle. Je l'ai en effet trouvé à cette date, et en voici le contenu (elle avait alors 24 ans) : 

(source : Archives départementales de la Côte-d'Or - FRAD021EC 388/003 vue 227/399)
"Extrait des minutes du Gref du tribunal civil
de premier instance séant à Semur.
Napoléon par la grâce de Dieu et la volonté nation[ale]
Empereur des Français à tous présents et à venir
salut.
Le Tribunal civil de première instance séant à Sem[ur]
Côte-d’Or, a rendu le sept avril mil huit cent soixan[te]
neuf, le jugement sur requête dont la teneur suit :
A Monsieur le Président du tribunal civil de
Semur - Premièrement. Monsieur Marc Auguste
de Montgolfier
, sans profession demeurant à Fontenay,
commune de Marmagne, canton de Montbard - Deuxi
èmement, Madame Rose Pauline de Montgolfier,
epouse de Monsieur Mathieu Aynard, propriétaire
et banquier, demeurant ensemble à Lyon, place
Bellecour, numéro Trente, et ce dernier comme assis[tant]
et autorisant la dame son épouse - Troisièmement,
Monsieur Henri de Montgolfier, sans profession,
demeurant audit Fontenay, commune de Marmagne,
Ayant maître Guenard pour avoué - ont l’honneur
de vous exposer, Monsieur le Président - qu’ils sont
issus de légitime mariage de Jean Raymond de
Montgolfier
et de dame Julie Seguin leur père et
mère, savoir - Monsieur Marc Auguste de Montgo[lfier] 
né à Fontenay, commune de Marmagne, le trois
Juin mil huit cent quarante-deux - Madame Rose
Pauline de Montgolfier
, épouse de Monsieur Mathieu
Aynard
, né audit Fontenay, le trois Janvier mil
huit cent quarante-cinq - Et Monsieur Henri
de Montgolfier
, né au même lieu le vingt-quatre
Octobre mil huit cent quarante-sept - Que dans l’acte
de naissance de Monsieur Jean Raymond de Montgolfier,
leur père, dressé à la Mairie de Saint-Marcel-les-
Annonay, le douze avril mil huit cent douze, la particule
De, qui précède le nom de Montgolfier, a été omise -
que la même omission s’est reproduite dans les actes
de naissance des exposants, dressés à la mairie de
Marmagne, les quatre juin mil huit cent quarante-
deux, trois Janvier mil huit cent quarante-cinq et
vingt-quatre Octobre mil huit cent quarante-sept.
Que le droit de faire précéder son nom patronymique de
la particule De appartient à la famille Montgolfier
depuis un temps immémorial, et antérieurement aux
lettres patentes du roi en date du mois de décembre
mil sept cent quatre-vingt-trois, portant annoblissement
de cette famille en la personne de Pierre de Montgolfier
son chef à cette époque. Qu’en effet on trouve cette
particule dans une foule de documents publics ou
privés, administratifs ou judiciaires, que cela résulte
encore de divers actes de l’état civil survenus dans
les différentes branches de la famille de Montgolfier
depuis plus de soixante ans - Que ce droit de porter
le nom de Montgolfier avec la particule De a
dernièrement été souverainement reconnu en faveur
de Monsieur Jean Raymond de Montgolfier et de
ses trois enfants exposants, par décret impérial en
date du vingt-quatre juin mil huit cent soixante-
huit - Que pour réparer cette omission, commise
dans son acte de naissance, Monsieur de Montgolfier
père a demandé la rectification dudit acte et obtenu
un jugement du tribunal civil de Tournon, à la
date du dix octobre mil huit cent soixante-huit,
lequel a ordonné l’adjonction de la particule De
au nom patronymique Montgolfier et l’insertion
dudit Jugement sur les registres de l’état civil de
la commune de Saint-Marcel. Qu’il importe
aux exposants de faire procéder à la même rectifi
cation pour leurs actes de naissance, respectifs, et
que leur droit à la demander est incontestable.
Qu’en effet, les enfants ne sauraient avoir un
nom différent de celui de leurs parents - Par ces
motifs les exposants concluent à ce qu’il vous […]
Monsieur le Président, vu les dits extraits, des actes de
naissance, de Messieurs Marc Auguste, Henri
de Mongolfier
et de Madame Aynard - Vu le
jugement du tribunal civil de Tournon, du di[x]
octobre mil huit cent soixante-huit - Vu l’erreur
ou omission commise dans lesdits actes de naissance,
- Ordonner la communication de la présente
requête à Monsieur le Procureur Impérial et
nommer un juge rapporteur, pour être, par le
jugement qui interviendra, ordonné que lesdits actes
de naissance seront rectifiés en ce sens que la particule
De sera ajoutée au nom patronymique Montgolfier
que ledit jugement sera transcrit sur les registres de
l’état civil de la commune de Marmagne, conformém[ent]
à la loi, et faire défense à tous dépositaires de
délivrer aucun extrait ou expédition desdits actes, sans
transcrire littéralement la dite mention et rectification
à peine de tous dépens et dommages intérêts. Semur
le trente Mars mil huit cent soixante-neuf - Signé
C. Guenard avoué.
Soit communiqué à Monsieur le Procureur
Impérial, pour, après ses conclusions, et sur le rapport
qui en sera fait par Monsieur Alexandre, juge que
nous commettons à cet effet, être statué ce qu’ils
appartiendra - Semur le trente-un Mars mil
huit cent soixante-neuf. Signé : Jacotot président,
Le procureur impérial près le tribunal de
Semur - Vu l’exposé en la requête ci-jointe et les
pièces à l’appui - Estime qu’il y a lieu d’y faire droit.
- Semur le cinq avril mil huit cent soixante-neuf,
signé Henri Miot Substitut.
Le Tribunal - Vu la requête ci-dessus et
les pièces à l’appui - Vu les conclusions écrites de
Monsieur le Procureur Impérial - Ouï Monsieur
Alexandre, juge commissaire, dans son rapport en la
chambre du conseil - Après en avoir délibéré, confor-
mément à la loi - Jugeant en la chambre du conseil
et en dernier ressort - Considerant que dans les actes de
naissance des demandeurs, inscrits sur les registres de
l’état civil de la commune de Marmagne, les
quatre Juin mil huit cent quarante-deux, trois
Janvier mil huit cent quarante-cinq et vingt-
quatre Octobre mil huit cent quarante-sept, leur
nom Montgolfier n’est pas précédé de la particule De -
Que cependant ils ont le droit d’ajouter cette
particule à leur nom, ainsi que l’a reconnu pour
leur père, le tribunal civil de Tournon, qui a ordonné
la rectification de l’acte de naissance de Monsieur
Jean Raymond de Montgolfier leur père, en disant
que ladite particule serait ajoutée au nom de Montg[olfier]
cette particule ayant toujours été jointe aux noms
des ancêtres dudit Jean Raymond et ayant été
omise par erreur - Qu’il y a lieu d’ordonner la même
rectification pour les actes de naissance des demandeurs
ceux-ci devant forcément porter le même nom que leur
père - Par ces motifs dit que les actes de naissance des
demandeurs seront rectifiés en ce sens que la particule
De sera ajoutée au nom patronymique Montgolfier
Dit que mention du présent jugement sera fait
en marges des actes réformés et sur les deux doubles,
tant sur celui resté aux archives de la commune que
sur celui déposé au gref du tribunal. Et que le
présent jugement sera inscrit en entier sur les deux
doubles des registres de l’état civil de la dite commune
année courante - Ainsi fait, jugé et prononcé
en la chambre du conseil du tribunal civil de
première instance séant à Semur, Côte-d’Or, le
sept avril mil huit cent soixante-neuf, où étaient
présents Messieurs Jacotot président, Alexandre
et Lestre Dusaussois juges, Miot substitut et
Fénéon-Berger greffier - Enregistré à Semur le
dix-sept avril mil huit cent soixante-neuf, folio
neuf, case sept, reçu cinq francs, décime et demi-déci[me]
soixante-quinze centimes, signé Lebouleur de
Courlon
.
Mandons et ordonnons à tous huissiers sur ce
requis de mettre le présent jugement sur requête à
exécution ; a nos procureurs généraux et à nos procureurs
près les tribunaux de première instance, d’y tenir la main ;
à tous commandants et officiers de la force publique de
prêter main forte lorsqu’ils en seront légalement requis.
En foi de quoi le présent jugement a été signé à la
forme de la loi."

vendredi 2 février 2018

Anne DESVEAUX laisse trois enfants orphelins

Jean DESVEAUX + Anne FOURGEAUD
|                                                      |
Anne DESVEAUX                         Pierre DESVEAUX
                                                       |
                                                     Baptiste DESVEAUX
                                                       |
                                                           Mon grand-père

Il y a une différence entre rentrer un acte d'état-civil dans son logiciel de généalogie et de prendre conscience des réalités qui se cachent derrière. Ainsi, Anne DESVEAUX, la seule soeur de mon ancêtre Pierre qui n'avait pas épousé un agriculteur, mais un boulanger, est décédée au jeune âge de 33 ans. 

(source : Archives départementales de la Charente - 3 E 414/11 vue 136/224)
Elle a eu le temps de donner cinq enfants à son époux Pierre JEANNOT (dont les deux premiers sont morts en bas âge). Mais c'est en cherchant les recensements de cette famille - qui vivait alors aux Regottes à Suris (Charente) - que j'ai pris conscience d'une chose : les petits orphelins de mère étaient alors bien jeunes. 

(source : Archives départementales de la Charente - 6 M 208 vue 19/26)
En effet, sur le recensement de 1891 (3 ans après le décès d'Anne DESVEAUX), les trois enfants sont alors âgé de 11, 8 et 4 ans. Leur père a décidé de rajouter à la traditionnelle jeune domestique (toujours entre 17 et 20 ans) et au commis boulanger (qui change au fil des ans) une autre "servante" plus âgée. Ainsi, Marie PASCAUD, âgée de 60 ans, va sûrement jouer un peu le rôle de mère de substitution pour ces jeunes enfants (le plus jeune avait un an au moment de la mort de sa mère) dont le père ne s'est pas remarié. N'oublions pas que, lorsqu'on trouve un acte généalogique, il y a eu des réalités humaines derrière.